160
XVIII. Jahrhundert.
sur les autres, forraent une bourre grossiere, epaisse de plusieurs pieds.Nulle route, nulle connnunication, nul vestige d’intelligence dans ceslieux sauvages: l’homme, oblige de suivre les sentiers de la betefarouche, s’il veut les parcourir; contraint de veiller sans cesse poureviter d’en devenir la proie, effrayö de leurs rugissements, saisi dusilence meine de ces profondes solitudes, il rebrousse chemin, et dit:La nature brüte est hideuse et mourante; c’est moi, moi seul qui peuxla rendre agreable et vivante : dessechons ces marais, animons ces eauxmortes en les faisant couler; formons-en des ruisseaux, des canaux;employons cet element actif et devorant qu’on nous avait Cache, et quenous ne devons qu’ä nous-memes; mettons le feu ä cette bourre super-flue, ä ces vieilles forets dejä a demi consommees; achevons de dötruireavec le fer ce que le feu n’aura pu consumer: bientöt, au lieu du jonc,du nenuphar, dont le crapaud composait son venin, nous verronsparaitre la renoncule, le trefle, les herbes douces et salutaires; destroupeaux d’aniraaux bondissants fouleront cette terre jadis imprati-cable; ils y trouveront une subsistance abondante, une päture toujoursrenaissante; ils se multiplieront pour se multiplier encore: servons-nous de ces nouveaux aides pour achever notre ouvrage; que le boeuf,soumis au joug, emploie ses forces et le poids de sa masse a sillonnerla terre; qu’elle rajeunisse par la culture: une nature nouvelle va sortirde nos mains.
Qu’elle est belle cette nature cultivee! que, par les soins del’homme, eile est brillante et pompeusement paree! II en fait lui-memele principal ornement; il en est laproduction la plus noble: en se multi-pliant il en inultiplie le germe le plus precieux; elle-meme aussi semblese multiplier avec lui; il met au jour par son art tout ce qu’elle recelaitdans son sein: que de tresors ignores! que de richesses nouvelles! lesfleurs, les fruits, les grains perfectionnes, multiplies ä l’infini; les es-peces utiles d’animaux transportees,propagees, augmentees sans nombre;les especes nuisibles reduites, confinees, releguees; l’or, et le fer plusnecessaire que l’or, tires des entrailles de la terre; les torrents con-tenus; les fleuves diriges, resserres; la mer soumise, reconnue, tra-versee d’un hemisphere ä l’autre; la terre accessible partout, partoutrendue aussi vivante que feconde; dans les vallees, de riantes prairies;dans les plaines, de riches päturages ou des moissons encore plusriches; les collines chargees de vignes et de fruits, leurs sommetscouronnes d’arbres utiles et de jeunes forets; les deserts devenus descites habitees par un peuple immense, qui, circulant sans cesse, serepand de ces centres jusqu’aux extremites; des routes ouvertes etfrequentes, des Communications etablies partout comme autant detemoins de la force et de l’union de la societö: mille autres monumentsde puissance et de gloire demontrent assez que l’homme, maitre dudomaine de la terre, en a change, renouvele la surface entiere, et quede tout temps il en partage l’empire avec la nature.