Buffon.
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Cependant il ne regne que par droit de conquete: il jouit plutötqu'il ne possede; il ne conserve que par des soins toujours renouveles;s’ils cessent, tout languit, tout s’altere, tout change, tout rentre sousla main de la nature; eile reprend ses droits, efface les ouvrages del’homme, couvre de poussiere et de mousse ses plus fastueux monu-ments, les detruit avec le temps, et ne lui Iaisse que le regret d’avoirperdu par sa faute ce que ses ancetres avaient conquis par leurs tra-vaux. Ces temps ou l’homme perd son domaine, ces siecles de bar-barie pendant lesquels tout perit, sont toujours prepares par la guerre,et arrivent avec la disette et la depopulation. L’homme, qui ne peutque par le nombre, qui n’est fort que par sa reunion, qui n’est heureuxque par la paix, a la fureur de s’armer pour son malheur, et de com-battre pour sa ruine; excite par l’insatiable avidite, aveugle par l’am-bition encore plus insatiable, il renonce aux sentiments d’humanite,tourne toutes ses forces contre lui-meme, clierche a s’entre-detruire,se detruit en effet; et, apres ces jours de sang et de carnage, lorsquela fumee de la gloire s’est dissipee, il voit d’un oeil triste la terredevastee, les arts ensevelis, les nations dispersees, les peuples affaiblis,son propre bonheur ruine, et sa puissance reelle aneantie.
Grand Dieu, dont la seule prdscnce soutient la nature et main-tient l'harmonie des lois de l’univers; vous qui du trone immobile del'empyree voyez rouler sous vos pieds toutes les spheres celestes sanschoc et sans confusion; qui du sein du repos reproduisez ä clxaqueinstant leurs mouvements immenses, et seul regissez dans une paixprofonde ce nombre infini de cieux et de mondes; rendez, rendez enfinle calme ä la terre agitee! Quelle soit dans le silence! qua votrevoix la discorde et la guerre cessent de faire retentir leurs clameursorgueilleuses! Dieu de bontd, auteur de tous les etres, vos regardspaternels embrassent tous les objets de la creation; mais Vhomme estvotre elrc de choix; vous avez eclaire son ame d’un rayon de votrelumiere Immortelle: comblez vos bienfaits en penetrant son coeur d’untrait de votre amour. Ge sentiment divin, se re'pandant partout,rdunira les natures ennemies; l’homme ne craindra plus l’aspect del’homme, le fer homicide narmera plus sa main; le feu devorant dela guerre ne fera plus tarir la source des generations; l’espece hu-maine, maintenant affaiblie, mutilde, moissonnee dans sa fureur,germera de nouveau et se multipliera sans nombre; la nature, accableesous le poids des fleaux, sterile, abandonnde, reprendra bientot avecune nouvelle vie son ancienne fecondite; et nous, Dieu bienfaiteur,nous la seconderons, nous la cultiverons, nous Vobserverons sans cesse,pour vous offrir ä chaque instant um nouveau tribut de reconnaissanceet d’admiration.
Holder, franz öi. Litteratur.
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