Buch 
Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
Entstehung
Seite
169
JPEG-Download
 

Bousseau.

169

Non seulement cette opinion me detacha de tous les vains soinsde Ia vie, mais eile me delivra de limportunite des remedes auxquelson mavait jusqualors soumis malgre moi. Salomon, convaincu queses drogues ne pouvaient me sauver, men epargna le deboire, et secontenta d'amuser la douleur de ma pauvre maman avec quelques-unesde ces ordonnances indifferentes qui leurrent lespoir du malade, etmaintiennent le credit du medecin. Je quittai letroit regime, je reprislusage du vin et tout le train de vie dun liomme en sante, selon lamesure de mes forces, sobre sur toute chose, mais ne mabstenant derien. Je sortis meme et recommenqai daller voir mes connaissances,surtout M. de Conzie, dont le commerce me plaisait fort. Enfin, soitquil me parüt beau dapprendre jusqua ma derniere heure, soit quunreste despoir de vivre se cacbät au fond de mon coeur, lattente de lamort, loin de ralentir mon gout pour letude, semblait lanimer; et jeme pressais damasser un peu dacquis pour lautre monde, comme sijavais cru ny avoir que celui que jaurais empörte. Je pris en affec-tion la boutique dun libraire appele Bouchcird, se rendaient quel-ques gens de lettres; et le printemps que javais cru ne pas revoir,etant proche, je massortis de quelques livres pour les Charmettes, encas que jeusse le bonheur dy retourner.

Jeus ce bonheur, et jen profitai de mon mieux. La joie aveclaquelle je vis les premiers bourgeons est inexprimable. Revoir leprintemps etait pour moi ressusciter en paradis. A peine les neigescommenqaient ä fondre que nous quittämes notre cachot, et nous fümesassez tot aux Charmettes pour y avoir les premices du rossignol. Deslors je ne crus plus mourir; et reellement il est singulier que je naiejamais fait de grandes maladies ä la Campagne. Jy ai beaucoupsouffert, mais je ny ai jamais ete alite. Souvent jai dit, me sentantplus mal qua lordinaire: Quand vous me verrez pret ä mourir, portez-moi ä lombre dun diene; je vous promets que jen reviendrai.

Quoique faible je repris mes fonctions champetres, mais dunemaniere proportionnee ä mes forces. Jeus un vrai chagrin de ne pou-voir faire le jardin tout seul; mais quand javais donne six coups debeche, jetais hors dhaleine, la sueur me ruisselait, je nen pouvaisplus. Quand jetais baisse, mes battements redoublaient, et le sangme montait ä la tete avec tant de force, quil fallait bien vite me re-dresser. Contraint de me borner ä des soins moins fatigants, je prisentre autres celui du colombier, et je my affectionnai si fort que j'ypassais souvent plusieurs heures de suite sans mennuyer un moment.Le pigeon est fort timide, et difficile ä apprivoiser. Cependant je vinsä bout dinspirer aux miens tant de confiance, quils me suivaient par-tout et se laissaient prendre quand je voulais. Je ne pouvais paraitreau jardin ni dans la cour sans en avoir ä linstant deux ou trois sur lesbras , sur la tete; et enfin malgre le plaisir que jy prenais, ce cortegeme devint si incommode, que je fus oblige de leur öter cette familiavite.