180
XVIII. Jahrhundert.
l’ennemi, et ramenait tranquillement T armee, sans se Souvenir del’injustice de sa patrie, ni du Service qu’il venait de lui rendre.
II ne negligeait aucune circonstance pour relever le courage desa nation, et la rendre redoutable aux autres peuples. Avant sapremiere Campagne du Peloponese, il engagea quelques Thebains älütter contre les Lacedemoniens qui se trouvaient ä Thebes. LesPremiers eurent l’avantage; et des ce moment ses soldats commencerentä ne plus craindre les Lacedemoniens. II campait en Arcadie; c’etaiten hiver. Les deputes d’une ville voisine vinrent lui proposer d’yentrer, et d’y prendre des logements. „Non, dit Epaminondas ä sesofficiers; s’ils nous voyaient assis aupres du feu, ils nous prendraientpour des hommes ordinaires. Nous resterons ici malgre la rigueur dela saison. Temoins de nos lüttes et de nos exercices, ils seront frappesd’etonnement.“
Da'iphantus et Iollidas, deux officiers generaux qui avaient meriteson estime, disaient un jour a Timagene: Yous l’admireriez bien plus,si vous l’aviez suivi dans ses expeditions; si vous aviez etudie sesmarches, ses campements, ses dispositions avant la bataille, sa valeurbrillante et sa presence d’esprit dans la melee; si vous l’aviez vu tou-jours actif, toujours tranquille, penetrer d’un coup d’oeil les projetsde l’ennemi, lui inspirer une securite funeste, multiplier autour de luides pieges presque inevitables, maintenir en meme temps la plus exactediscipline dans son armee, reveiller par des moyens imprevus l’ardeurde ses soldats, s’occuper sans cesse de leur Conservation, et surtoutde leur honneur.
C’est par des attentions si touchantes qu’il s’est attire leur amour.Exced^s de fatigue, tourmentes de la faim, ils sont toujours prets äexecuter ses ordres, a se precipiter dans le danger. Ces terreurspaniques, si frequentes dans les autres armees, sont inconnues dans lasienne. Quand eiles sont pres de s’y glisser, il sait d’un mot les dis—siper ou les tourner ä son avantage. Nous etions sur le point d’entrerdans le Peloponese: 1’armee ennemie vint se camper devant nous.Pendant qu’Epaminondas en examine la position, un coup de tonnerrerepand l’alarme parmi ses soldats. Le devin ordonne de suspendre lamarche. On demande avec effroi au general ce qu’annonce un pareilpresage: Que l’ennemi a choisi un mauvais camp, s’ecria-t-il avecassurance. Le courage des troupes se ranima; et le lendeinain eilesforcerent le passage.
Les deux officiers Thebains rapporterent d’autres faits que jesupprime. J’en omets plusieurs qui se sont passes sous nies yeux; etje n’ajoute qu’une reflexion. Epaminondas, sans ambition, sans vanite,sans interet, eleva en peu d’annees sa nation au point de grandeur ounous avons vu les Thebains. Il opera ce prodige d’abord par l’influencede ses vertus et de ses talents. En meme temps qu’il dominait sur lesesprits par la superiorite de son genie et de ses lumieres, il disposait