Barthelemy.
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ä son gre des passions des autres, parcequ’il etait maitre des siennes.Mais ce qui accelera ses succes, ce fut la force de son caractere. Soname independante et altiere fut indignee de bonne heure de la domina-tion que les Lacedemoniens et les Atheniens avaient exercee sur lesGrecs en general, et sur les Thebains en particulier. II leur voua unehaine qu’il aurait renfermee en lui-meme; mais des que sa patrie luient confie le soin de sa vengeance, il brisa les fers des nations, etdevint conquerant par devoir; il forma le projet aussi hardi que nouveaud’attaquer les Lacedemoniens jusque dans le centre de leur empire, etde les depouiller de cette preeminence dont ils jouissaient depuis tantde siecles; il le suivit avec obstination, au mepris de leur puissance, deleur gloire, de leurs alli^s, de leurs ennemis, qui voyaient d’un oeilinquiet ces progres rapides des Thebains; il ne fut point arrete nonplus par l’opposition d’un parti qui s’etait forme ä Thebes, et quivoulait la paix, parce qu’Epaminondas voulait la guerre. Meneclidesetait ä la tete de cette faction. Son 6loquence, ses dignites, et l’attraitque la plupart des hommes ont pour le repos, lui donnaient un grandcredit sur le peuple. Mais la fermet6 d’Epaminondas detruisit ä la finces obstacles; et tout etait dispos6 pour la Campagne, quand nous lequittames. Si la mort n’avait termine ses jours au milieu d’un triomphequi ne laissait plus de ressources aux Lacedemoniens, il aurait de-mande raison aux Atheniens des victoires qu’ils avaient remportees surles Grecs, et enrichi, comme il le disait lui-meme, la citadelle deThebes des monuments qui decorent celle d’Athenes.
Nous avions souvent occasion de voir Polymnis, pere d’Epaminon-das. Ce respectable vieillard etait moins touche des hommages quel’on rendait ä ses vertus que des honneurs que l’on decernait ä son fils.Il nous rappela plus d’une fois ce sentiment si tendre qu’au milieu desapplaudissements de l’armee Epaminondas laissa eclater apres la ba-taille de Leuctres: „Ce qui me Hatte le plus, c’est que les auteurs demes jours vivent encore, et qu’ils jouiront de ma gloire.“ .
Les Thebains avaient Charge Polymnis de veiller sur le jeunePhilippe, frere de Perdiccas, roi de Macedoine. Pelopidas ayant pacifieles troubles de ce royaume, avait requ pour otages ce prince et trentejeunes seigneurs macedoniens. Philippe, äge d’environ dix-huit ans,reunissait deja le talent au desir de plaire. En le voyant, on etaitfrappe de sa beaute; en l’ecoutant, de son esprit, de sa memoire, deson eloquenee et des graces qui donnaient tant de charmes ä sesparoles. Sa gaiete laissait quelquefois ^chapper des saillies quin’avaient jamais rien d’offensant. Doux, affable, genereux, prompt ädiscerner le merite, personne ne connut mieux que lui l’art et la ne-cessite de s’insinuer dans les coeurs. Le Pythagoricien Nausithoüs,son instituteur, lui avait inspire le goüt des lettres qu’il coriserva toutesa vie, et donne des leqons de sobriete qu’il oublia dans la suite.L’amour du plaisir pergait au milieu de tant d’excellentes qualites,