Barthelemy.
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ment des troupes grecques; et c’est alors qu’ils firent ^ette belle re-traite, aussi admiree dans son genre que Test dans le sien la relationqu’il nous en a donnee. A son retour, il passa au Service d’Agesilas,roi de Lacedemone, dont il partagea la gloire et merita l’amitie.Quelque temps apres,’ les Atheniens le condamnerent ä, l’exil, jalouxsans doute de la preference qu’il accordait aux Lacedemoniens.Mais ces derniers, pour le dedommager, lui donnerent une habitation aScillonte.
C’est dans cette heureuse retraite qu’il avait passe plusieursannees, et qu’il comptait retourner des que les troubles du Peloponeseseraient calmes.
Pendant notre sejour a Corinthe, je me liai avec ses deux lils,Gryllus et Diodore. Je contractai une Iiaison plus intime avec Timo-leon, le second des fils de Timodeme, chez qui nous etions loges.
Si j’avais a tracer le portrait de Timoleon, je ne parlerais pas decette valeur brillante qu’il montra dans les combats, parce que, parmiles nations guerrieres, eile n’est une distinction que lorsque, pousseetrop loin, eile cesse d’etre une vertu; mais, pour faire connaitre toutesles qualites de son ame, je me contenterais d’en citer les principales:cette prudence consommee qui en lui avait devance les annees, sonextreme douceur quand il s’agissait de ses interets, son extreme fermetequand il etait question de ceux de sa patrie; sa haine vigoureuse pourla tyrannie de l’ambition et pour celle des mauvais exemples; jemettrais le comble a son eloge en ajoutant que personne n’eut autantque lui des traits de ressemblance avec Epaminondas, que par unsecret instinct il avait pris pour son modele.
Timoleon jouissait de l’estime publique et de la sienne, lorsquel’exces de sa vertu lui aliena presque tous les esprits, et le rendit leplus malheureux des hommes. Son frere Timophanes, qui n’avait nises lumieres, ni ses principes, s’etait fait une cour d’hommes corrompus,qui l’exhortaient sans cesse ä s’emparer de l’autorite. Il crut enfin enavoir les droits. Un courage aveugle et presomptueux lui avait attiröla confiance des Corinthiens, dont il commanda plus d’une fois lesannees, et qui l’avaient mis a la tete de quatre Cents hommes qu’ilsentretenaient pour la sürete de la police. Timophanes en fit ses satel-lites, s’attacha la populace par ses largesses, et, seconde par un partiredoutable, il agit en maitre, et fit trainer au'supplice les citoyens quilui etaient suspects.
Timoleon avait jusqu’alors veille sur sa conduite et sur ses pro-jets. Dans l’espoir de le ramener, il tächait de jeter un voile sur sesfautes, et de relever l’eclat de quelques actions honnetes qui lui echap-paient par hasard. On l’avait vu meme 1 dans une bataille se precipitersans menagement au milieu des ennemis, et soutenir seul leurs efforts
1 Nämlich den Timoleon.