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XIX. Jahrhundert.
Le canon qui, des le lever du jour, avait sourdement retenti dansle lointain, commengait cependant a se rapprocher. L’horizon etaittout entier plein de ces bruits formidables ; la musique continuait deles accompagner. Ces bommes ne paraissaient pas s’ihnouvoir; et moi,qui sentais mon salut attache aux foudres de l’^tranger, j’etais en proiea tout ce que les assauts de la douleur, de l’effroi, de la honte, ont deplus poignant pour le coeur de l’homme.
Au milieu de cette scene extraordinaire, entre le bruit des com-bats et celui des danses, le eure annonga que, pour sanctifier un jourde fete, il allait faire repeter le catechisme. A ce mot, tous les jeunesgens accoururent; les horames, les femmes s’approcherent a l’envi, etles filles delaissees poursuivirent leurs melancoliques seguidillas. Angelseul continuait d’agiter pour elles le tambourin.
Une priere fut d’abord entonnee. Eile contenait d’affreux ana-themes contre le roi Joseph et lesEspagnols qui lui avaient ete fideles.La religion ne parlait plus, d’une extremite de la Peninsule ä l’autre,qu’un langage de vengeance et de mort.
L’exercice pieux que j’attendais commenga. Le petit Zacarias,mand6 au milieu du cercle avant tous les autres, par respect pour l’al-cadie de son pere, croisa les mains, baissa les yeux, et le eure luiadressa cette question.
„Dis-moi, mon enfant, qui es-tu?“ 1 * * 4 — La riponse me surprit: —„Espagnol, par la grace de Dieu. — Combien y a-t-il d’obligationsimpos^es ä l’Espagnol ? — Trois: etre catholique-romain, defendre sasainte religion, sa patrie et son roi, mourir plutöt que de se laisserabattre. “
Maria del Carmen levait les yeux au ciel pour remercier les saintsde l’heureuse memoire de son fils; le prebende paraissait moins occupedes succes de son frere que de l’importance du chef de la paroisse;moi, j’admirais les moyens mis en oeuvre pour egarer les populationset tout exasp6rer, meme l’enfance.
,, Combien l’empereur a-t-il de natures?“
Zacarias h^sita. II cherchait dans les yeux du cercle la reponsequi manquait ä son souvenir. — „Trois!“ cria le jeune ecclesiastique,heureux de fixer un moment sur soi les regards. — „Point,“ reprit lepasteur, non moins satisfait d’humilier l’orgueil de son rival; „C’estdeux qu’il fallait dire.‘ la nature diabolique et la nature humaine.“ —Tous les Castillans repeterent devotement Cette phrase que la plupartavaient oubliee.
Le eure se tourna vers l’amant de Catalina. „Angel, quel est
1 Toutes ces demandes et reponses sont rapportees par Fray Pablo avec une
exactitude liuerale. La traduction en est empruntee ä l’interessant Memoire de
M.de Naylies, officier des gardes-du-corps de S. A. R. Monsieur, sur la guerre
d’Espagne.