Saint-Marc Girardin. — Nisard.
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et d’une voix qui n’est jamais ni lassee par l’espace, ni effacee parle temps.
Avec rimprimerie, Demosthenes n’a plus ä craindre nilesbegaie-ments de sa langue, ni le tumulte des assemblees populaires; il neparle plus, il ecrit, et les pamphlets remplacent les discours.
Le caractere du pamphlet, c’est l’ä-propos. Il nait et meurt augre de la circonstance. Le pamphlet est connne ces hommes k qui unefee capricieuse a prete pour quelque temps sa baguette et son pouvoir:tant qu’ils ont le talisman, ils commandent en maitres a la nature, ilsregnent sur les passions des hommes; mais le terme expird, tout a coupleur force se retire, et ils sont laisses ä leur propre faiblesse. Hierencore ce pamphlet agitait tous les esprits, et les hommes d’Etattremblaient devant sa puissance. Aujourd’hui a peine sait-on ce quec’est. Que s’est-il donc passe pendant la nuit? rien, sinon que la cir-eonstance a change; et, connne si l’enchantement s’6tait soudain dis—sipe, le pamphlet redoutable n’est plus qu’un papier sans nom. Lepamphlet est de tous les genres de litterature le plus libre; il prendtoutes les formes et tous les tons: tantot c’est un sermon, tantöt undialogue, parfois une all^gorie, ici un discours, la une lettre; il raille,il raisonne, il enseigne, ilconseille; ilexprime, ä mesure qu’ils naissent,les idees et les sentiments des peuples; par lui, chacun, grand et petit,peut prendre ä chaque instant la parole et se faire ecouter. Au sei-zieme siede, chaque jour, k chaque evenement, mille pamphlets ecla-tent; ils se succedent, ils se poussent, ils se remplacent, pareils, selonRonsard, ä ces nuees qui passent en versant sur nos tetes leur fardeaud’orage. Et, chose singuliere! ces pamphlets qui troublent et agitentles esprits, a peine sait-on quels en sont les auteurs. Ce sont commedes voix confuses, eomme des eris de colere, de piti6, qui s’eleventd’une multitude emue.
Nisard,
geboren 1805, Kritiker und Literarhistoriker, hat seine schönsten Eigen-schaften in seiner Geschichte der französischen Literatur (1844 —1861,4 Bände) an den Tag gelegt.
Des lettres de Voltaire et de celles de Ciceron.
On ne peut guere lire la Correspondance de Voltaire sans penserau recueil qui y ressemble le plus dans l’antiquite, les lettres de Ciceron.