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rompre avec les Français; et si, contre l’expériencequ’on a de la violence du caractère de Buonaparte, ilpouvait se contenir jusqu'à la ménager, la neutralité dela Prusse deviendrait alors si illusoire, si méprisable,qu’elle aurait cessé d’être embarrassante ou dangereuse.Dans le cas, au contraire, qu’elle aurait pris la résolu-tion de s’opposer à main armée, alors on était d’avisde lui faire la guerre à outrance et de l’obliger à de-mander la paix dans une campagne.
Forcée de céder à la Russie tout ce quelle possèdesur la rive droite de la Yistule et de se détacher de laFrance, elle se serait trouvée réduite à la condition depuissance du second ordre ; au lieu de vendre l’Europeà l’ennemi commun dans l’espérance de s’agrandir, elleaurait été obligée de se donner à l’Europe pour se con-server. Dès que cette barrière qui s’est élevée entre leNord et le Midi est ôtée, Saint-Pétersbourg devient engrande partie l’arbitre de tous les intérêts du continent.Frédéric II. désarma la Saxe pour arriver à la Bohême ;les Français ont anéanti le roi de Sardaigne pour mar-cher à Vienne ; si les Russes en imposent à la Prusse,il n’existe plus de distance politique ou militaire entrela Newa et le Rhin.
Ce plan avait été adopté dans l’hypothèse, que l’Au-triche fût inébranlable dans la résolution de ne rien faire ;en balançant les deux incons-éniens, on avait cru qu’ilétait plus sage et plus conforme aux intérêts de la Rus-sie et aux vues bienfaisantes de l’empereur Alexandrede compromettre la Prusse, dont la force et les maxi-mes se trouvent en opposition plus directe avec le biengénéral. En effet, si l’Autriche s’affaiblit encore davan-