saune, mieux qu’on ne la joue à Paris ; on serait plussurpris encore de voir deux cents spectateurs aussibons juges qu’il y en ait en Europe ... J’ai fait couler deslarmes de tous les yeux suisses ... Les acteurs se sontformés en un an; ce sont des fruits que les Alpes etle Mont-Jura n’avaient point encore portés. César noprévoyait pas, quand il vint ravager co petit coinde terre, qu’il y aurait un jour plus d’esprit qu'àRome ... »
« L,e théâtre, fort bien arrangé d’ailleurs, dit M. J.Olivier, était situé dans les combles d’une grange atte-nante à la maison de maître (1). Les acteurs étaientdonc sur le fenil, mais les spectateurs dans le château.Aussi, lorsque Lusignan demanda, suivant son rôle :Où suis-je?... guidez mes faibles yeux, un plaisantpouvait bien s’écrier du parterre :
Seigneur, c’est le grenier du maître de ces lieux.
» Un jour Voltaire, qui de la coulisse suivaitla repré-sentation, se sentit lui-même si vivement entraîné parle jeu de M. et madame d’Hermenches que, s’avançantpeu à peu avëc son fauteuil, il se trouva, sans s’enapercevoir, sur la scène, entre Zaïre et Orosmane, quiainsi ne put pas donner son coup de poignard ; le dé-noûment fut manqué. Cette situation et le théâtre furentpeints sur des panneaux de boiserie à Hermenches (1).Toutes les figures sont des portraits, et celui de Vol taire est d’autant plus remarquable qu’il est sérieux etpourtant très-ressemblant. D’autres personnages de la
(I ) De la campagne de Monrepos.
(2) Village et ancienne seigneurie près de Moudon (vallée de la Broyé),terre de la famille de Constant.