gence et vaillance de son corps, l’honeur de l'entre-prinse demoura aux seygneurs et dames mariés ;nonobstant que le champion des non-mariés fisse bra-vement son debvoir.
Adoncques suyvant le droict du combat, Corsants’estant un petit reposé, s’en fust crier mercy à deuxgenouils devant ma très-redoubtée dame de Savoye,puis fist de mesme ung genouil en terre à toutes lesaultres dames mariées de son hostel ; finalement estantretourné devers messire de Blonay , lui demanda enquel lieu estoit pour lors sa noble dame, à celle find’aller par devers elle, payer sa debte et crier mercyselon son debvoir. Lors lui respondit en grande cour-toysie : Loyal et preux champion, trop ne sauroisbonnement vous dire où est pour le présent ma dameet amie, laquelle ay laissée en couche d’enfant pardelà les monts, pour venir céans, près de la personnede mon très-redoubté seygneur ; ores est ès Chablays,en mon chastel de Saint-Pol de Mellerie, ores en monchastel de Blonay en Vaulx.
Adoncques bien que long et dangereulx fust le che-min toust incessamment Corsant monta sur ung bonroucin, et avecques son escuyer passa à grand presseles monts et s’en vint au chastel de Saint-Pol de Mel-lerie; mais la dame n’y estoit, de quoy fust moultmarri ; soudain monta sur un basteau de pescheur, etnonobstant que la nuict tomba, se fist mener deversVivey ; si que le vent estant hault et le lac mauvais eten tormente, ne pust gaigner terre à Vivey qu’avec-ques l’aulbe ; et bien que las et recreu, monta droictau chastel de Blonay en Vaulx. Or, la première per-sonne qu’il advisa fust la noble dame Catherine qu’es-