— » Quoi? une chaise ? dit la pauvre fille criant pourse faire mieux comprendre.
— » Tchize, fit toujours notre homme avec le mêmecalme, la même immobilité et les deux mains sur lesdeux cuisses, tchize-
» Cette fois la servante va prendre une chaise, la luiporte sous le nez, et lui répète en criant plus haut eten prolongeant lo mot :
— » Une chaiso ?
» Toujours digne et toujours calme :
— » Tchize, répète monseigneur.
— » Mais, que veut-il donc? dit à haute voix la Pié-montaise, se parlant à elle-même.
» Et nous trois de rire et d'étouffer nos rires en nousfourrant la serviette dans la bouche ! Nous n'en pou-vions plus de gaîté, la servante n’en pouvait plus detristesse, et le dîneur, sans effort et sans trouble, per-sistait dans son éternelle répétition.
» Enfin la jeune fille qui jusquo-là nous avait oubliésdans son triomphe, se ressouvint de nous dans sa dé-tresse, et, s’adressant à Edouard, lui dit :
— » Comprenez-vous ce qu’il veut, cet homme, avecson baragouin ?
— » Il vous demande du fromage.
— » Eh 1 que ne le disait-il plutôt ! il y a deux heuresqu’il me crie tchize, tchize ; s’il avait dit seulement dufromage, j’en aurais donné et tout était fini.
» Cette fois nous ne pûmes plus nous contenir. Albertse renversa sur sa chaise en éclatant de rire; Edouard,qui venait d’avaler de travers et qui voulait rire aussi,se leva et parcourut la salle riant et toussant; moi jem’enfonçai dans l’angle du mur, protégé par la che-