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minée, et je faisais mille efforts pour manger et ne pasrire.
» Enfin le fromage arriva ; monseigneur en prit deuxfois pour aider sa digestion, et sortit, sans rire nipleurer. »
M. Roussel tire de l’anecdote cette moralité : il estbon de connaître les langues des pays dans lesquelson voyage.
Maintenant, si vous n’ètes pas trop fatigué, nousirons à Ripaille , en rétrogradant jusqu’à Concise , oùl’on remarque deux gentilhommières à l’état de sque-lettes, pantelantes, lézardées, décoiffées, effondrées,dont l’une surgit presque entièrement à jour.
Le hameau offre un très-agréable point do vue quandon le considère de Thonon ; et, de Concise, par unejuste réciprocité, la ville se masse merveilleusementau sommet d’un littoral à pic, avec ses hautes ter-rasses et ses maisons étagées qui paraissent ne pascraindre le vertige.
Avant de décrire le palais-ermitage de Ripaille(Ripa, rivage), situé dans un vaste parc, occupant unesaillie arrondie du bord , coupéo par l’embouchure dela Dranse, il est nécessaire de parler de son illustrefondateur.
Le 9 novembre de l’an de grâce 1434, une foulenombreuse, en habit de gala, composée de seigneurs,de prélats, d’abbés venus de toutes les provinces sou-mises à la couronne de Savoie , se pressait dans lasalle d’apparat d’une belle et vaste habitation cons-truite depuis peu, près d’une plage du Léman, et con-tiguë à un couvent de l’ordre de saint Augustin, aumilieu d’un immense bois de chênes, planté en étoile,.