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Les mêmes reproches d’inutilité, d’inefficacité, de danger étaientadressés aux écoles régionales et à l’institut agronomique.
De ce que ces établissements seraient exploités pour le compte del’Etat, on en concluait qu’ils le seraient sans prudence, sans écono-mie ; qu’on s’y livrerait à des expériences irréfléchies, à des essaisd’amélioration coûteux, et que, grâce à ces théories illusoires, à cetexemple d’une agriculture fastueuse et dépensière, les élèves, s’ils vapprenaient quelque chose, apprendraient plutôt à se ruiner qu’às’enrichir par l’agriculture. C’était encore là, du reste, ajoutait-on,préparer des employés pour des emplois qui n’existaient pas, et créerpar là à ces élèves et à la société une situation critique.
Quant à l’institut agronomique, l’utilité en était contestée par lemotif qu’en supposant, ce que l’on n’admettait pas, le besoin defaire progresser la science agricole et d’ouvrir des cours aux proprié-taires qui voulaient acquérir des connaissances agronomiques, cesmoyens de progrès et d’instruction existaient déjà au Conservatoire,au Collège de France, au Jardin des Plantes, aux écoles établies àNancy pour les forêts, à Lyon et à Toulouse pour l’art vétéri-naire, etc. ; que ces cours suffisaient parfaitement au but qu’on seproposait et laisseraient ceux de Versailles sans auditeurs, et par con-séquent sans utilité. En regard de ce résultat négatif, on étalait lessommes énormes que devait coûter cet établissement, dont on éva-luait les dépenses au décuple de celles demandées par le ministre.
On répondait en faveur du projet de loi :
Sans doute d’heureux essais pour l’application des sciences à l’agri-culture ont été tentés récemment et ont contribué au progrès de lascience agricole. Mais cette direction nouvelle des sciences en estencore à ses débuts; les services quelle a déjà rendus, au lieu deporter à l’arrêter dans sa marche devraient au contraire, ce semble,porter à l’y encourager par tous les moyens convenables. Croirequelle est arrivée à son terme, c’est prononcer à l’encontre de l’opi-nion de tous les savants, c’est méconnaître, d’une manière étrange,