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à ses propres ressources; bloquée de toutes parts, elle était privée de cellesqu’elle avait tirées de l’étranger avant la guerre qu’il nous déclara sur toutesnos frontières. Le Gouvernement de la République, en lutte avec toutel’Europe, désolé par la guerre civile, ne vit de salut que dans lui-même.Au milieu des graves dangers qui l’entouraient, il comprit que, si l’igno-rance des peuples avait fait la force des monarchies, leur instruction devaitfaire celle des républiques. Il fit donc un appel aux savants. Il fonda desétablissements de haut enseignement-, et en peu de temps des ateliers perfec-tionnés de tout ordre furent établis sur tous les points du territoire. Lessciences naturelles, les mathématiques, la physique, la chimie, la méca-nique, etc., appliquées aux arts et aux manufactures, leur donnèrent desprocédés de fabrication, des méthodes ingénieuses, des machines, des déve-loppements inconnus jusqu’alors; l’activité des intelligences et des bras futincalculable au milieu des désordres politiques de toute nature; et la Franceprouva ce que peut faire une grande nation libre et éclairée. En peu d’an-nées, elle triompha des obstacles que l’Europe coalisée avait voulu opposerà la marche de ses doctrines démocratiques ; la face de notre industrie ma-nufacturière, de nos voies de communication, de nos travaux publics, futchangée, et le moindre atelier, comme nos institutions de tout ordre, nousoffre aujourd’hui les traces de la cause qui détermina cette heureuse révo-lution, aussi rapide qu’inattendue.
Cependant l’industrie agricole fut loin de recevoir la même impulsion.Ses ouvriers furent abandonnés à eux-mêmes sans instruction. Les capitaux,comme les intelligences qui les font prospérer, furent dirigés vers l’industriemanufacturière, les arts et le commerce. On oublia d’établir le juste équi-libre qui n’aurait jamais dû cesser d’exister entre eux et la production dusol. On imita trop Colbert, qui s’était trop éloigné lui-même des principesde l’école de Sully. Colbert, en effet, plus financier qu’économiste, fit toutpour le commerce et l’industrie manufacturière. Il appela,pour réussir, lesintelligences les plus renommées de l’Europe dans les sciences physiques,mathématiques, anatomiques, etc., et il ne fit rien pour l’agriculture. Etcependant c’était elle qui fournissait les matières premières de fabrication,le grand ministre ne pouvait pas l’ignorer; c’était elle qui nourrissait lepeuple, payait les plus gros impôts, et élevait les soldats les plus robustescomme les mieux disciplinés. Qui ne sait les ressources que la républiqueet l’empire trouvèrent dans les populations rurales, quoique déshéritées