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de la science de leur profession, pour combattre l’Europe coalisée contrela France?
Le cultivateur était donc abandonné à lui-même. Peu éclairé dans sonart, il exploitait le sol comme ses pères et ne progressait pas. Sa professionn’avait pas reçu, comme les autres, les bienfaits de l’instruction profes-sionnelle. L’État avait fondé l’école polytechnique pour les besoins del’armée, des places fortes, des travaux publics, de la marine; celle desmines pour l’exploitation des richesses minérales ; l’école normale pourl’enseignement; celle des arts et métiers pour les professions, les métiersdivers ; les écoles militaires, les écoles de médecine humaine et vétérinaire,celle de droit, etc.; et l’on sait les services immenses que leurs élèvesrendirent partout où ils furent employés chacun dans sa spécialité. L’agri-culture seule fut privée de son enseignement, et cependant, s’il avait étéoi’ganisé, le bien-être du peuple, la puissance de la France, se trouveraientaujourd’hui dans des conditions bien différentes. Mais, abandonnés à eux-mêmes par les gouvernements monarchiques, les cultivateurs, ces ouvriersde la nature, furent obligés de travailler la terre suivant leurs anciennesméthodes, quand toutes les autres industries en avaient de perfectionnéesdepuis longtemps.
Nous devons cependant rendre justice aux bonnes intentions de la pre-mière Assemblée nationale, de la Convention et du Directoire. Si l’agricul-ture alors ne reçut pas, comme les autres industries, les bienfaits dessciences, c’est que les événements si extraordinaires de cette époque s’op-posèrent à la réalisation de l’enseignement agricole, dont ces assembléesavaient compris toute l’importance. La Convention surtout avait décrété,sur la motion de l’abbé Grégoire, qui siégeait parmi ses membres, queplusieurs domaines nationaux seraient convertis en écoles expérimentalesd’agriculture. En 1793, elle fonda, au Jardin des Plantes quelle avaitréorganisé, des chaires d’économie rurale et de culture pratique. Elle favo-risait, en même temps, dans ce magnifique établissement et à l’écoled’économie rurale et vétérinaire d’Alfort, les expériences du célèbre natu-raliste Daubenton sur le perfectionnement du mérinos. Elle donna l’ordreà l’Institut national de choisir tous les ans vingt citoyens instruits sur lessciences agricoles, pour faire des voyages agronomiques et étudier lesmoyens de faire progresser l’agriculture. Cet ordre est resté dans le rè-glement de l’Institut.