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Sous le directoire, la société centrale d’agriculture, qui s’occupa immé-diatement de l’enseignement agricole, fut reconstituée par François deNeuchâteau. Cet agronome célèbre fut chargé, en même temps, de pré-senter un rapport sur l’instruction agricole et les moyens de la répandre. Ilproposa d’enseigner l’agriculture dans tous les établissements d’instructionpublique. Il voulait que les auteurs grecs et latins qui avaient écrit surl’agriculture, enrichis de notes pour mettre la science à la hauteur del’époque, fussent mis entre les mains de tous les élèves. Il proposa enfinla création de chaires d’économie rurale dans toutes les facultés, la créa-tion immédiate de trois écoles supérieures d’agriculture et de diversesfermes-modèles dont Duhamel avait vainement signalé la nécessité qua-rante ans avant lui.
L’empire ne songea pas à l’instruction agricole, ou plutôt il ne fit rienpour elle. La réorganisation de l’instruction publique, en 1808, laissa dansl’oubli l’enseignement de l’agriculture.
Enfin, il fallut que l’industrie privée prouvât, à ses risques et périls, àRoville en 1822, et plus tard à Grignon et à Grandjouan, ce que laFrance devait attendre des écoles d’agriculture. Depuis quelques annéesnous avons vu la création de quelques fermes-écoles dont le nombre et lanature sont loin de répondre aux besoins du pays.
Aujourd’hui, citoyens, le ministre de l’agriculture et du commerce de laRépublique vous présente un projet professionnel d’organisation d’ensei-gnement agricole large et digne d’une nation qui a compris que l’agricul-ture est la base la plus solide de sa richesse comme de sa puissance. Jevais vous faire connaître l’opinion de la commission que vous ayez nomméepour étudier ce travail sérieux et vous en rendre compte.
Le ministre de l’agriculture et du commerce propose la création de troisdegrés d’instruction agricole, dans trois sortes d’établissements distincts,fondés sur divers points du territoire de la République. Il les distingue parles noms de fermes-écoles pour l’enseignement du premier degré, d 'écolesrégionales d’agriculture pour l’enseignement du deuxième degré, et enfind'institut national agronomique pour l’instruction du troisième degré, qui seranaturellement le plus élevé.
L’enseignement de chacun de ces degrés diffère par sa force comme parson mode; je vais essayer de vous l’expliquer.
Les fermes-écoles formeraient des ouvriers cultivateurs habiles, des mé-
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