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On peut voir, d’après ce court exposé de l’enseignement de la ferme-école, que chacun de ses professeurs instruira les élèves dans les opéra-tions de sa spécialité. Cette heureuse combinaison d’instruction agricoledonnée aux enfants du peuple des campagnes, qui comptent plus de2 5 millions d’habitants, fera opérer dans l’exploitation du sol une révolu-tion qui, en augmentant ses produits dans des proportions incalculables,donnera à la République des richesses et une puissance quelle n’auraitjamais sans elle.
Mais cet avantage trop longtemps attendu par l’agriculture ne sera pasle seul dont la République profitera : l’instruction agricole fera com-prendre à toute notre jeunesse des campagnes, à tous les enfants de cul-tivateurs , que leur profession est la plus noble, la plus belle, la plus dignede l’homme libre, comme le disait Cicéron; elle sera honorée ainsi quellemérite de l’être. Elle fera aimer la République, parce qu’elle seule auraéclairé l’agriculteur sur ses droits d’homme et de républicain, au lieu deles lui laisser ignorer, comme l’ont fait les monarchies. Pendant leur règneles cultivateurs n’étaient pas à leur rang dans la société; ils le prendrontdésormais, et c’est la République qui leur en fournira les moyens en leséclairant sur leur honorable profession. Les fils des cultivateurs, pleins d’in-telligence et de force, ne dédaigneront pas la carrière de leurs pères,parce qu’ils la comprendront ; ils n’iront pas dans les villes solliciter desplaces, et se mettre trop souvent à la disposition de l’intrigue, de coupa-bles partis, ou de théories anti-religieuses et immorales, qui ne tendentqu’à compromettre la France et la société entière ; la famille et la propriété,comme la religion, n’auront rien à craindre des rêves anti-sociaux de quel-ques esprits chagrins et ennemis de l’ordre. Vous savez, citoyens, si le cul-tivateur aime sa famille, sa propriété et la religion !
L’instruction agricole, enfin, retiendra le peuple des campagnes chezlui, et la République n’aura pas d’admirateur plus dévoué, de soutienplus énergique. Avec lui, elle n’aura rien à craindre de ses ennemis.
Le ministre propose de créer successivement une ferme-école dans cha-cun des arrondissements de la République; et comme ces établissementssont destinés à ne recevoir que de jeunes ouvriers, que des fils de petitscultivateurs, qui n’ont pas les moyens de faire instruire leurs enfants, l’en-seignement, comme la pension, le logement et l’entretien, seront gratuits.LiÉtat payera i 7 5 francs pour chaque enfant, qui, par son travail modéré