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école sera à celui de l’école régionale ce quest le conducteur des travauxdes ponts et chaussées aux ingénieurs chargés de tracer des plans, d’encalculer tous les détails, et de les faire exécuter dans les conditions mêmeles plus difficiles. La ferme-école doit toujours faire une agriculture lucra-tive. Chez elle, point d’expériences hasardées pour éclairer les théories etdécouvrir de nouveaux moyens d’amender les terres ou de les fumer, pointd’importation de végétaux ou animaux nouveaux pour se convaincre s’ilssont utiles ou non, s’ils sont onéreux ou lucratifs. L’école régionale, aucontraire, est avant tout un établissement d’instruction théorique et pratiqueen même temps ; et, pour rendre cette instruction aussi profitable que lecommande le besoin du progrès de l'industrie rurale, il faut expérimentersurtout les produits végétaux ou animaux; il faut enfin chercher dans l’in-connu pour découvrir de nouveaux procédés plus avantageux, soit dansla fabrication de quelques produits secondaires que l’agriculteur prépareavant de les livrer au commerce, soit dans le perfectionnement des espècesvégétales ou animales que nous possédons déjà ou que nous voulonsadopter.
On conçoit donc qu’un établissement d’enseignement de cette nature nepouvait pas être à la charge de l’industrie privée, qui ne doit pas plusquelle ne peut s’exposer à des mécomptes.L ’Etat seul doit s’en charger; seulil peut pourvoir aux frais d’expériences de toute nature commandées par leprogrès. D’ailleurs, les plus beaux établissements d’industrie privée, commeles mieux dirigés, sont exposés à périr avec tout ce qu’ils ont déplus pré-cieux pour la science, lorsque le génie qui les a créés vient à manquer.Tout ce qui a été réuni, préparé avec soin par de longues études, beau-coup de peine et de temps, disparaît sans laisser la moindre trace, et estperdu pour le pays, de même que les précieuses traditions qui sont souventune garantie de réussite pour l’avenir. Le talent, en effet, le zèle, le dé-vouement, ne se transmettent pas par hérédité, comme un immeuble.Qu’est devenu Roville, le berceau de la science de l’agriculture en France ,après la mort de son fondateur? L’État ne meurt pas, et s’il avait eu pourson compte cette école, devenue célèbre en quelques années, la France n’enserait pas privée aujourd’hui; les nombreux élèves quelle aurait formésauraient porté la lumière dans bien des points où elle n’existe pas. Il enserait des écoles régionales comme de Roville, si elles n’étaient pas à lacharge de l’Etat.