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Quels services les instruments perfectionnés, les machines n’ont-ils pasrendus à l’industrie manufacturière! Serait-elle ainsi arrivée sans eux audegré de prospérité où nous la voyons aujourd’hui en Europe? En fabri-quant ceux dont l’agriculture a besoin, en les admettant partout, oncréerait une branche d’industrie qui n’existe encore qu’à l’état rudimentaireen France; on occuperait de grandes quantités d’ouvriers en bois et en fer,et la mécanique serait à l’agriculture ce quelle a été aux manufactures detout ordre. Les machines, qui rendraient le travail de l’agriculteur plusfacile, moins fatigant et plus lucratif, contribueraient à faire obtenir lanourriture du peuple à meilleur marché, comme on l’a vu pour les objetsmanufacturés.
Le ministre estime que les écoles régionales, qui sont appelés à rendrede si éminents services à l’industrie rurale dans les diverses régions de laFrance, ne coûteront pas à l’Etat plus de quarante à quarante-cinq millefrancs chacune. Cette somme est peu élevée en raison de la source derichesses quelles procureront partout où elles seront fondées.
Quelques personnes n’ont pas partagé notre opinon ni celle du ministresur le mode d’organisation des écoles régionales. On a pensé que l’exploi-tation de ces établissements doit être à la charge de l’industrie privée,parce que, sous la surveillance de l'Etat, la culture ne donne pas, dit-on,les mêmes bénéfices que les exploitations privées. Mais l’État n’opère pasici pour gagner de l’argent. Son devoir, c’est d’instruire et de ne rien né-gliger pour le faire; il y manquerait si, pour quelques écus, il tronquaitl’enseignement, s’il l’entravait et ne provoquait pas les études expérimen-tales qui nécessitent toujours des dépenses que ne peut faire l’industrieprivée. Les bénéfices de l’État aux écoles régionales, comme dans tous lesétablissements d’enseignement, sont l’instruction du peuple; il 11e doit riennégliger pour la lui donner, surtout sous un gouvernement républicain.S’il agissait autrement, il comprendrait mal sa mission et les véritables inté-rêts de la République.
Les écoles régionales, indispensables pour éclairer lesrégions où ellesse trouveront sur la culture qui leur sera applicable, n’ont et ne pourrontavoir d’autre but que l’instruction. Si l’intérêt privé s’en mêlait, il en résul-terait essentiellement un conflit qui nuirait à l’intérêt général ; l’intérêtprivé, en effet, est le plus souvent, sinon toujours, opposé à des expé-riences que commande l’enseignement sur des questions en litige, et qui