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montrer que ces établissements, tout en faisant pour la grande propriété,et peut-être pour la moyenne propriété, autant et plus que ne l’exigentleurs intérêts, ne font rien pour la petite propriété, c’est-à-dire rien pourplus de 2h millions de cultivateurs sur 2 5 millions. (Dénégations.)
Volv diverses. Ce sont des assertions.
Le citoyen Dezeimeris. Ce sont ces assertions que je me propose deprouver à l’Assemble, et immédiatement si elle l’exige. (Parlez! parlez!)
J’entre donc dans le débat, puisque l’Assemblée le veut.
Il y a des siècles qu’on fait l’éloge de l’agriculture ; il y a des siècles aussiqu’on la néglige; qu’on l’obère, qu’on la pressure. Je ne viens point luidécerner un éloge de plus; je viens indiquer un moyen simple, facile,pratique, efficace, de la soulager, de la relever, de l’enrichir. Le moment estvenu pour les hommes d’Etat de porter leur attention de ce côté, car lesutopies ont fait leur temps, et c’est ici qu’on doit trouver non-seulementle salut de la République, mais le salut de la société. Quand il est questionde la régénération agricole d’un pays comme la France, ce n’est pas seu-lement l’intérêt de l’agriculture qui est en jeu, c’est l’intérêt de l’universalitédes citoyens. Une perturbation profonde agite la société jusque dans sesbases, et mettrait en péril, si l’on n’y portait remède, la pérennité de la fa-mille et le droit de propriété, sur lequel elle repose.
La cause de cette perturbation sociale, c’est l’infériorité relative de lacondition des travailleurs : il faut que cette situation change ; il faut quela condition des travailleurs se relève; il faut que la production, mais laproduction demandée, la production utile, cette production qui crée desconsommateurs, s’agrandisse dans de vastes proportions ; que les bras soientrecherchés en plus grand nombre qu’il n’y en a de disponibles ; que le prixdu travail s’élève, tout en procurant un accroissement de bénéfices à celuiqui le commandera et le payera. L’agriculture, ramenée et résolumentlancée, par la main puissante de l’Etat, dans la voie jusqu’ici méconnuedu véritable progrès, peut réaliser promptement, presque instantanément,ces bienfaits. Et telle est la situation agricole actuelle de la France, qu’enélevant de 2 5o à 3oo millions de francs par année les produits du sol des-tinés à fournir au peuple une meilleure alimentation, à entretenir nos ma-nufactures de matières premières, ou à payer les produits de l’industrie,plus d’un demi-siècle pourra s’écouler avant que ce mouvement progressifsoit condamné à se ralentir, par la proximité du but auquel notre agri-