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jours, sans redouter d’encombrement. L’agriculture a ce double privilège ,que, plus elle produit, plus elle améliore directement et par elle-même lasituation des travailleurs quelle emploie, plus elle leur donne les moyens dese procurer des produits des manufactures, et par conséquent plus elleouvre à l’industrie les débouchés que celle-ci ne saurait elle-même se don-ner. L’agriculture française est dans une position telle que ses produitspeuvent, dans l’espace de dix à douze ans, être pour le moins triplés.
Il est évident que si le Gouvernement, prenant sérieusement en main lamission dont le pays l’a chargé, de pourvoir aux prospérités de l’avenir,indiquait d’une manière convenable à l’agriculture les voies dans lesquelleselle doit s’engager, et lui imprimait une impulsion vigoureuse-, il est évident,il est incontestable qu’il lui serait possible de faire sortir du territoire fran-çais des produits s’élevant au moins à la valeur de 25o à 3oo millionschaque année de plus que les produits de l’année précédente.
Eh bien, il est parfaitement certain qu’un accroissement pareil de pro-duits créés pour l’agriculture fournirait à nos manufactures, non-seulementles moyens de se maintenir, mais les moyens de prendre de nouveaux déve-loppements. Et je suis ici obligé d’indiquer qu’on est tombé dans une erreurtrès-grave, lorsque, signalant l’inconvénient de la trop grande concentra-tion de la population dans les villes, on a dit que nous avions trop fait pourl’industrie, qu’il fallait lui enlever des bras, qu’il fallait ramener les popula-tions de l’industrie à l’agriculture. Je dis que c’est une erreur très-grave.
Non, il ne faut pas faire rétrograder l’industrie pour rétablir son niveauavec l’agriculture -, non, il ne faut point que l’industrie s’abaisse : il faut quel’agriculture s’élève; il faut qu’elle se mette au plus tôt en mesure de four-nir aux manufactures les moyens de se maintenir dans leur prospérité, touten s’agrandissant elle-même.
La situation de notre agriculture est telle, nous sommes à cet égarddans un état d’infériorité tellement honteux, la carrière de progrès ouvertedevant nous est tellement vaste, que le résultat que j’indique est parfaitementpossible.
Eh bien, par quelles voies peut-on y arriver? Il y en a trois : on peut yarriver ou par l’enseignement, ou en donnant l’exemple d’une agriculturemeilleure que celle qui se pratique; et, enfin, par un ensemble de mesuresprises par le Gouvernement pour forcer, en quelque sorte, les agriculteurs