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à substituer aux mauvaises routines qui les retiennent dans la misère, lapratique d’un système d’exploitation aussi simple, mais plus productif.
Parlons d’abord de l 'enseignement.
Il se présente ici, messieurs, une première observation à laquelle je vousprie d’accorder toute votre attention pour savoir quel est le genre d’ensei-gnement le plus propre à produire les effets qu’on s’en promet; une desconditions essentielles est de connaître d’abord la population à laquelle ons’adresse.
Eh bien! il faut que vous sachiez que, sur 2 5 millions de cultivateurs, àpeine y en a-t-il quelques centaines de mille, c’est-à-dire les grands proprié-taires et les possesseurs de la moyenne propriété, appartenant à une classeayant reçu les bienfaits d’une éducation libérale, qui soient en mesure deprofiter de ce qu’on appelle un enseignement.
Mais, au-dessous de ceux-là, vous avez 2/1 millions et demi ou près de2 5 millions de cultivateurs, dont la vie se passe tout entière dans des tra-vaux purement matériels et mécaniques, dans l’exploitation de leurs champs,qui ne vont point écouter les professeurs, suivre les cours que vous ouvrezdans les villes, qui n’iront pas davantage à quelques lieues de leur domicile,voir ce qui se passera dans les fermes-écoles, que vous croyez établir à leurusage.
Le projet proposé par le Gouvernement ne fait rien pour cette classe siconsidérable de cultivateurs.
Ici, permeltez-moi de vous signaler un fait. Ce n’est pas d’aujourd’huiqu’on a cherché à donner un enseignement à l’agriculture. Depuis un siècle,il n’y a point de direction de l’activité humaine, point de science ou d’art,à l’égard de laquelle on ait plus souvent, et avec plus d’énergie, déclaréqu’il fallait s’attacher à tout prix à en développer les principes, à en incul-quer les notions.
Il n’y a point de pays, en particulier, qui ait fait plus de sacrifices pourcet objet que n’en a fait la France. Ainsi, si vous voulez prendre connais-sance de cette multitude d’académies, de comices, de comités, d’institu-tions de toutes sortes qui, depuis le milieu du dernier siècle, se sont formésdans le pays; si vous voulez jeter les yeux sur cette immense quantité devolumes dont se compose notre littérature agronomique, vous verrez quela France devrait marcher au premier rang des nations dans la carrière
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