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pour la médecine, des médecins sans malades; pour l’agriculture, des agri-culteurs sans culture.
Je ne veux pas cela pour la France; je ne veux pas qu’en formant descultivateurs dans les écoles, on vienne plus tard demander à l’État de leurdonner des fermes à exploiter.
Un des grands motifs, dit-on, pour former des écoles est la nécessitéd’appeler la population des villes dans les champs. Eh bien,.il y a desparadoxes qui, à peine lancés dans le monde, prennent la force de lavérité, parce que personne ne prend la peine de creuser le fond des chosespour découvrir cette vérité.
Certes, si l’on veut empêcher l’agglomération de la population sur cer-tains points, si l’on veut empêcher les industriels d’encombrer certainesvilles, tout le monde sera d’accord avec nous pour tâcher, soit par les droitsd’octroi, soit par les patentes, soit par d’autres lois, de faire refluer dans lescampagnes ces populations qui viennent s'engouffrer dans les villes, et qui,dans certains moments, donnent de si graves soucis aux administrations.Mais si vous voulez combattre directement le courant qui porte la popu-lation des campagnes vers les villes, vous irez voug attaquer à un obstacleimpossible à vaincre.
Il n’est personne de nous qui ne connaisse quelques villes considérables :comptez-y les médecins, les avoués, les notaires, les huissiers, les négo-ciants, les neuf dixièmes au moins viennent de la campagne. Pourquoi? lesstatistiques vous le diront, c’est que les populations des villes s’éteignentnécessairement, et après trois générations au plus, quand elles ne vont passe retremper au sang pur de la campagne. N’empêchez pas un mouvementqui est indispensable. Et ensuite, quand vous aurez appelé les populationsdans les campagnes, croyez-vous qu’il n’y aura pas un danger si l’agricul-ture ne peut pas leur donner le travail quelles viendront lui demander?Voilà où je voulais arriver ; je nie formellement qu’il y ait dans les cam-pagnes absence de bras suffisants.
Quelques membres. C’est vrai!
Le citoyen Amable Dubois. Je le nie, parce qu’il y a plusieurs mois del’année où les bras sont trop nombreux; il y a un chômage forcé; je le nie,parce que, s’il y a certains moments où les bras manquent dans les cam-pagnes, comme au moment de la moisson, au moment du sarclage, celaest inévitable; et quand même vous appelleriez une population nombreuse