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perdu un homme que tout le monde regrelte, l’excellent M. Royer; maisà côté de lui, nous avons encore des hommes que je pourrais citer si je necraignais de blesser leur modestie, et qui viendront à votre aide si vous lesappelez.
Distribuez donc des livres dans les campagnes et des livres qui envi-sagent l’agriculture sous ses differents aspects, car chaque canton, chaquecommune doit avoir son agriculture spéciale.
Une des grandes causes qui arrêtent les progrès de l’agriculture, il fautle dire; c’est le défaut d’argent. (C’est vrai!) C’est là la grande plaie. Etquand vous parlez de la routine des cultivateurs, savez-vous ce que c’estque cette routine ? C’est le défaut d’argent. (C’est cela ! — Très-bien !) Lecultivateur connaît bien les nouveaux procédés, il connaît bien les progrèsque fait son voisin, il voudrait bien l’imiter; mais il n’a pas d’argent pourle faire, et alors il dit: J’ai peur du progrès; je ne veux pas sortir dusystème que suivait mon père, parce que je ne veux pas m’exposer à desdéceptions.
C’est le défaut d’argent qui nuit aux progrès de l’agriculture. Savez-vousoù en sont nos cultivateurs cette année ! Savez-vous que pour payer les 45centimes plus d’un cultivateur a été obligé de vendre la vache qui nour-rissait sa famille... (Bruit.) Vous en verrez les conséquences l’an prochainpar la production agricole; vous verrez un grand déficit parce qu’il n’yaura pas eu l’engrais nécessaire pour un champ déjà fatigué.
Oui, Messieurs, le défaut d’argent dans les campagnes est un des plusgrands maux de l’agriculture.
Et pourquoi n’y-a t-il pas d’argent dans les campagnes, comme partoutailleurs? C’est l’usure qui tue les campagnes. Savez-vous quel est le tauxmoyen de l’intérêt, dans les campagnes? 8 , îo, 12 et 20 p. 0 / 0 ; et le petitcultivateur qui emprunte de quoi acheter une vache, un cheval 2 5o fr.,5oo fr., au bout de deux ans est exproprié, parce qu’il ne peut plus rem-bourser ce capital.
Je citais tout à l’heure M. Royer. M. Royer a parcouru une grande partiede l’Europe ; il a été partout où il y avait des banques hypothécaires. Ehbien, qu’a-t-il reconnu ? Le principe qu’il a posé et qui est juste, c’est quejamais le cultivateur qui emprunte de l’argent ne peut payer que par amor-tissement (c’est cela !) ; jamais le résultat de l’agriculture n’estassez avanta-geux pour qu’il puisse rembourser un capital ; mais c’est par le crédit foncier