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Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été indiqué dans les réunions qui ontprécédé les élections de l’Assemblée nationale prouve que , depuis fort long-temps, partout on se plaignait en France que l’ancien gouvernement nefaisait rien pour l’agriculture, qu’il ne l’admettait pas dans ses préoccupa-tions; et c’était là un des grands griefs que l’on dirigeait constammentcontre le gouvernement ancien; Ces griefs, j’ai été un de ceux qui les ontémis, et par cela seul qu’aujourd’hui se trouvent au pouvoir des hommesqui ont mes sympathies, est-ce une raison pour ne point approuver cequ’ils proposent quand nous l’avons demandé de tout temps? Non, mes-sieurs, et je vote pour l’ensemble du projet.
Le citoyen Président. La parole est à M. Luminais.
Le citoyen Laneau. Je demande à proposer l’ajournement du projet.
Le citoyen Luminais. Je demandé précisément à parler sur l’ajournement.
Je réclame un peu de silence, et je prie l’Assemblée de vouloir bien mel’accorder; j’ai l’organe faible, et je n’ai pas l'habitude de la tribune.
Citoyens représentants, avant d’examiner le projet de décret qui vous estprésenté, je ne puis me dispenser d’accorder un juste tribut d’éloges à l’es-prit éminemment pratique qui y a présidé, et à l’impulsion salutaire que lecitoyen ministre de l’agriculture cherche à donner à notre industrie agri-cole, en constituant l’enseignement, qui doit commencer enfin à ouvrirun libre cours à cette source si féconde de la richesse nationale, et de la-quelle va dépendre tout l’avenir de la France.
Dans un pays qui contient trente-cinq millions d’hommes, et qui offre àcette population un territoire aussi étendu, dont une partie reste encoreen friche, et dont l’autre ne rapporte que la moitié de ce quelle pourraitproduire, malgré la fertilité du sol, l’agriculture doit devenir sa plus granderessource et toute son espérance; toutes les autres industries en découlentet doivent lui être subordonnées, puisque c’est elle qui les engendre; elleest la plus importante de toutes par les matières premières quelle leur four-nit , par tous les produits nécessaires à la vie, quelle crée, par l’importancede sa population ouvrière, qui ne s’élève pas à moins des cinq septièmesde la population de la France.
Nous priver bénévolement des indispensables produits qu’elle peut nousprocurer, ne serait-ce pas tarir la vie dans sa source, et tuer notre avenir envue des économies mal entendues du présent? C’est pour avoir méconnucette grande vérité, c’est pour avoir ignoré les besoins de leur époque et les