400 —
nécessités à venir, que tous les Gouvernements en France, depuis Napoléon,en manquant à leur plus importante mission, ont été successivement ren-versés. Tant que les guerres de la république et de l’empire ont entraîné, devictoire en victoire, une partie de la population sur tous les territoires del’Europe, tant que l’empereur a pu y prélever des impôts, le sol négligé dela France a dû suffire à nourrir ses habitants. Mais aussitôt que la paix estvenue favoriser le développement de la population, aussitôt que la rivalitéde l’Angleterre et que sa concurrence industrielle et commerciale sont ve-nues déterminer l’extension anormale de l’industrie manufacturière fran-çaise , l’insuffisance des produits du sol ne pouvait manquer de se fairesentir, et, l’agriculture demeurant à peu près stationnaire, lorsque la popu-lation allait toujours croissant, une crise industrielle et sociale ne pouvaitmanquer d’éclater; car, vous le savez, citoyens représentants, une révo-lution n’est que l’expression et la traduction des besoins d’un peuple etd’une époque.
Si l’amélioration de l’industrie agricole est la dépense la plus productive,la plus nécessaire; s’il est reconnu que tant de bras inactifs , qui réclamentactuellement de l’emploi, ne pourraient même pas suffire aux innom-brables travaux que demandent la mise en culture de nos terres incultes etl’amélioration de celles qui sont imparfaitement cultivées, l’agriculture nedevient-elle pas le meilleur moyen de résoudre la grave question socialequi nous occupe?
Félicitons donc le citoyen ministre de l’agriculture d’avoir compris quec’est en donnant une portée trop exclusive à l’industrie manufacturière,qu’on était parvenu à détourner de ses voies naturelles la répartition quidevrait toujours exister dans un État bien administré de l’emploi et desforces du travail ; car l’organisation du travail est bien moins dans une nou-velle combinaison des lois qui l’ont régi jusqu’à présent, que dans la pro-portion et la pondération des industries entre elles, que dans l’équilibrequ’on doit chercher à établir entre la production, d’une part, et la con-sommation et les débouchés, de l’autre.
La France sacrifie chaque année 20 millions environ pour s’approvi-sionner de grains à l’étranger dans les années ordinaires. Ne recueillant plusen céréales de quoi subvenir à sa consommation, elle doit donc commencerpar organiser la production agricole et la développer par tous les moyensqui sont en son pouvoir. Pour y parvenir, elle n’a pas besoin d’aller cher-