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Les inconvénients de ce développement démesuré de l’enseignementne semblent-ils pas plus grands que le bien qu’on prétend produire ; si, enépuisant toutes les ressources dont on peut disposer, on n’en réserve pasau moins une partie, afin de favoriser, par de fortes primes, la mise enpratique des principes qu’ils y auront recueillis, et qui soient surtout ca-pables de les déterminer à prendre ferme dans leurs communes respectives,et à y porter l’exemple d’une agriculture perfectionnée, qui aura d’autantplus d’autorité pour les autres cultivateurs, que, sortis de leurs rangs,ils les auraient connus précédemment simples travailleurs comme eux ?
Il ne faut pas qu’on se le dissimule, tous les progrès de l’agriculture, jele répète, ne sont pas dans la multiplicité des écoles. N’existe-t-il donc pasaussi dans un grand nombre de communes de bons cultivateurs, qui, plussensés, plus réfléchis, plus observateurs, plus disposés que les autres àtenter quelques essais, méritent aussi d’être encouragés ? N’y a-t-il doncnon plus rien à faire pour nos bons journaliers des campagnes, pour lesdomestiques de fermes, qui, par un travail assidu, par de plus grandssoins dans l’exécution des ordres qu’on leur a donnés, ont aussi, eux, con-couru au progrès?
La promesse de primes suffisantes ne peut-elle pas également déterminer,dans la plupart des communes, une amélioration plus rapide de la cul-ture, souvent routinière, qui y est suivie, un accroissement proportionneldes plantes fourragères, l’adoption ou le perfectionnement des procédésles plus utiles?
N’est-ce pas par l’observation des faits, par une activité incessante, parune bonne éducation, par une louable émulation, que, dans les pays debonne culture, les agriculteurs sont parvenus à rendre fructueux leurstravaux assidus, là même où l'agriculture était demeurée longtemps igno-rante et stationnaire?
Croit-on que, dans le département du Nord, et en Normandie, l’agri-culture ait prospéré par d’autres moyens, et que les écoles d’enseignementagricole et les fermes-modèles et expérimentales y aient été plus multi-pliées qu’ailleurs ?
En multipliant trop les fermes-écoles et les fermes régionales, vousaugmentez démesurément les dépenses sans encouragement pour l’intérêtprivé, et vous ajournez à trois ou quatre années le progrès que vous en