— 441 —
Le citoyen Guichard. Citoyens représentants, M. le ministre de l’agricul-ture aura été bien mal servi dans ses intentions s’il croit apporter à l’assen-timent de l’Assemblée un projet démocratique.
Ce projet est le projet le plus anti-démocratique qui ait été présenté àune Assemblée, et je le prouve. (Interruption.) Le caractère distinctif dela démocratie, c’est l’égalité.
Je ne vois dans le projet de M. le ministre de l’agriculture que le pri-vilège. Je le vois dans l’article 1 g ainsi conçu :
« A partir de l’année 1860, nul ne sera admis au concours comme candidataux fonctions de professeur dans une école régionale d’agriculture, et nepourra obtenir une des chaires spéciales d’économie rurale et d’agricultureà l’Institut national agronomique, ni être nommé inspecteur d’agriculture,s’il n’est muni d’un diplôme de l’Institut. »
Ainsi vous le voyez, on veut créer des bacheliers ès agriculture, on veutdes avocats agronomes (Hilarité); c’est fort plaisant, mais ce n’est pas démo-cratique. Ainsi, l’homme pratique qui aura fait ses preuves en dirigeant uneexploitation rurale dans laquelle il n’aura pas fait de l’agriculture de dévoue-ment, l’homme qui aura fait ses preuves de cultivateur en établissant uneexploitation prospère, mais qui ne sera pas bachelier ès agriculture, quin’aura pas obtenu un diplôme de votre institut, ne sera pas digne de pro-fesser.
Cet homme qui aura enrichi son canton, s’il n’a pas le don de la parole,don dont on a sans doute raison de faire grand cas, il ne pourra pas êtreadmis à professer, parce qu’il n’osera passe présenter dans un concours!
Le concours! voilà une épreuve qu’il faut réclamer lorsqu’il s’agit d’unechaire de philosophie, de droit ou de médecine, mais, lorsqu’il s’agit deprofesser l’agriculture, vous voulez exiger qu’on ait le don de la parole etvous appelez cela de la démocratie! Messieurs, c’est du privilège tout pur.De tous côtés ce projet porte les caractères de l’aristocratie. De quel œilVerront les simples fermiers ces fermes-écoles? Les particuliers que vousaurez désignés pour être directeurs de vos fermes-écoles seront sans doutedes propriétaires qui sauront tenir une comptabilité régulière, qui pour-ront discipliner trente-trois élèves que vous mettrez sous leur domination.
Ainsi nous verrons dans nos départements, dans chacun de nos arron-dissements, un propriétaire cultivateur à qui on aura confié des ouvrierssalariés par l’Etat, et à côté nous verrons des fermiers, payant difficilement
56