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quer, d’une part, leur peu d’importance, et, d’autre part, combien ellessont contradictoires.
Les écoles, nous dit-on, sont inutiles; la science agricole se composeuniquement de faits pratiques; les agriculteurs se moqueront de vous et devos écoles; et, loin de vous remercier, regretteront amèrement l’argentinutilement dépensé. N’avez-vous pas, ajoute-t-on, vu les savants à l’œuvre?Y a-t-il une absurdité dont ils ne se soient rendus coupables? En est-il unseul qui n’ait réussi en peu d’années à se ruiner, lui et ceux qui se sont fiés àlui?
Tout ceci, Messieurs, est parfaitement vrai, et personne ne le reconnaîtplus que nous; mais qu’est-ce que cela prouve? Est-ce que toutes les sciencesdu monde ne sont pas le résumé de l’expérience? Est-ce que leur résultatn’est pas de faire jouir les hommes du fruit des remarques, des observa-tions et des travaux des générations qui les ont précédés?
Seulement il en est, et l’agriculture est du nombre, qui reposent sur desobjets tellement multiples, tellement variables, quelles ne sauraient uninstant rester purement spéculatives, et doivent constamment s’appuyer surla pratique. C’est ce qui fait que les savants proprement dits y ont, jusqu’àce jour, si mal réussi.
Mais voyez un peu ce que nous proposons. Est-ce qu’il s’agit là de quoique ce soit qui ressemble de près ou de loin à de la science spéculative?En aucune façon. C’est de la routine, rien autre chose, mais de la routineéclairée. C’est de la pratique toute pure, mais de la pratique suivant lesméthodes reconnues les plus avantageuses. Ce sont les notions les plusvulgaires de la culture des champs et des jardins, de la connaissance desanimaux et des soins à leur donner. Mais, nous dit-on, si ce n’est que cela,à quoi bon? tout le monde le sait. Je vous en demande bien pardon, toutle monde ne le sait pas. Certes je suis loin de nier que nous n’ayons un cer-tain nombre d’agriculteurs des plus distingués; mais, à côté d’eux, quelleignorance, quels préjugés! Et jusque dans les contrées les moins arriérées,que de pratiques non-seulement ridicules, mais même dangereuses! que deconfiance accordée à l’empirisme, à la sorcellerie, à l’influence de la luneet des étoiles! que sais-je enfin?
Eh ! Messieurs, sans doute il y a beaucoup, il y a trop d’agriculteurs quine comprennent pas l’utilité de l’enseignement. Mais savez-vous quels ilssont? Ceux-là même qui sont enfoncés dans l’ignorance la plus complète.