448 —
Plus les hommes sont instruits, au contraire, et plus ils comprennentqu’ils ont encore à apprendre et que l’instruction est nécessaire. Et, à cetégard, Messieurs, quil me soit permis de le dire, nous avons un peu cedéfaut en France: c’est de nous croire et de nous dire l’élite de la création.Le Français, à nous entendre, est le peuple le plus spirituel de la terre-, ilen est le plus brave et le plus galant; il ne trouva jamais ni vainqueurs nicruelles. Tout cela est fox-t joli dans un vaudeville. Mais, dans la réalité,mon Dieu! nous sommes des hommes comme les autres; seidement, enagriculture, il faut bien le reconnaître, puisque c’est la vérité, nous sommesen arrière de presque tous nos voisins.
En Angleterre , en Ecosse, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, dansle nord de l’Italie, partout, nous sommes distancés. C’est fâcheux à dire,mais la chose est ainsi. Hâtons-nous donc d’y porter î-emède, et ce n’est quepar la science que nous pouvons y parvenir; car la science, en ce cas, n’estautre chose que l’initiation à la pratique de nos voisins, sans attendre qu’unelongue expéiience vienne nous la faire deviner.
Quant aux moyens que l’on nous donne comme préférables, savez-vousen quoi ils consistent? A donner les fonds à dépenser aux comices et socié-tés agricoles. Messieurs, nul plus que moi ne rend hommage aux intentionsde ces sociétés; sans avoir, comme plusieurs de nos collègues, l’honneurd’en avoir jamais présidé, j’ai eu du moins celui de faire partie de quelques-unes; et, dois-je le dire, ce n’est pas toujours l’élément agricole qui ydomine. On y trouve beaucoup de médecins, encore plus de pharmaciens,des avocats à foison, des magistrats de toutes les couleurs. Ai-je parlé desagriculteurs ? Je ne le crois pas : c’est qu’elFectivement c’est ce qu’on y voitle moins. On me dit que j’exagère ; pas le moins du monde, Messieui-s. Est-ceque je n’ai pas connu des sociétés de ce genre, et des plus recommandables,où tout le monde avait voix délibérative, à l’exception des agriculteurs, quin’avaient que voix consultative? En définitive, que fait-on dans ces comices?Beaucoup de phrases et peu de choses. Le président fait un discours, lesecrétaire lui répond, le rapporteur lui succède, quelque notabilité du lieuvient après; on disti’ibue quelques primes assez souvent contestées; puis unbanquet, et des articles de journaux. Franchement, je n’aime guère ni lesbanquets ni les discours; j’aime encore mieux les écoles.
Et permettez-moi, Messieurs, de vous le rappeler, ce projet n’a pas étérédigé à la légère; c’est un homme qui a consacré sa vie à l’agriculture qui