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et que vous trouverez de bons cultivateurs disposés à accepter vos offres.Mais remarquez que, pour agir ainsi, et je suppose que M. le ministre del’agriculture aura assez de clairvoyance et d’énergie pour agir ainsi, ilfaudra vous montrer infidèles, très-heureusement infidèles aux procédés,aux habitudes et aux tendances des administrations dans tous les pays, danstous les temps , sous toutes les formes de gouvernement.
Quoi qu’il en soit, j’admets que vous ferez cela, et je me demande si lamesure sera avantageuse.
Chacune de ces fermes-écoles vous coûtera annuellement i5,ooo francset vous fournira dix ouvriers agricoles dix ouvriers qui auront, je veuxbien l’admettre, un peu plus d’habileté et d’intelligence que ceux de leurscamarades qui n’auront point reçu les leçons des fermes-écoles.
Voilà, en dernière analyse, à quoi se réduit le produit sous le rapport' de l’instruction de la ferme-école : vous avez tous les ans dix ouvriers unpeu plus intelligents, un peu plus capables, et cela vous coûte 1 5,ooofrancs;c’est-à-dire que, si vous établissez une ferme-école par arrondissement, eten supposant vos trois cent soixante-six fermes-écoles existant aujourd’hui,fonctionnant aujourd’hui, il faudra plus de dix ans pour qu’il y ait danschaque commune de France un ouvrier sortant d’une de ces écoles; et sivous vous bornez, comme le demande la commission, à n’en établir, aumoins provisoirement, qu’une seule par département, il vous faudra undemi-siècle pour arriver à ce résultat.
Eh bien, Messieurs, qu’est-ce que c’est que ce résultat? Je dis que cen’est presque rien; je dis qu’un simple manouvrier, au milieu d’une com-mune rurale, en le supposant plus capable, plus intelligent, plus habile queles autres ouvriers, ne peut exercer aucune influence appréciable sur l’agri-culture de cette commune ; car il peut être placé sous la direction, sous lesordres d’un chef d’exploitation ignorant, incapable qui ne saura.pas l’uti-liser.
Si vous vouliez faire quelque chose d’un peu sérieux, il faudrait, enquelque sorte, entreprendre l’éducation de tous les travailleurs agricoles,et, après avoir établi une ferme agricole par département, en établir unepar arrondissement, puis par canton, puis enfin par commune.
Où seriez-vous ainsi conduits ? L’État arriverait à se charger de l’éduoa-tion professionnelle de tous les ouvriers de l’agriculture en France. Pen-dant trois, ans de leur vie, l’État se chargerait de leur entretien, et quand
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