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Je sais que, dans les Basses-Pyrénées, l’art des irrigations est porté très-haut; je rends justice aux belles cultures de maïs du Gers, mais est-cedonc là toute l’agriculture ?. ... Je crois que sans grandes recherches onaurait bientôt trouvé dans ces deux départements modèles plus d’une branchede l’industrie agricole en souffrance. Quant à la Gironde , permettez-moi,Messieurs, de partager avec notre honorable collègue le faible que chacunéprouve pour son propre pays, et de penser que nulle part dans le mondepeut-être la culture de la vigne n’a atteint un aussi grand degré de perfec-tion; mais cette perfection de culture, à' laquelle j’ai peut-être contribuépour une faible part, n’a pas tout à fait dit son dernier mot. Il n’y a rien deparfait ici-bas, vous le savez, et quand on est arrive au tres-bien, on peutencore chercher à atteindre le beaucoup mieux, et dans les arts, commedans la science, on n’arrive au mieux que par l’étude commencée de bonneheure. Or on ne peut étudier de bonne heure que dans les écoles.
Quant aux landes qui se trouvent dans la région du sud-ouest, je dis,malgré les riches produits résineux obtenus de la culture du pin maritime,je dis que les y 5o lieues carrées qui s’étendent le long du golfe de Gascogne,depuis la Gironde jusqu’à l’Adour, sont complètement dans l’enfance del’art.
La population y est restée misérable. Elle s’est accrue sans avancer dansla civilisation : aucune réforme utile, aucun perfectionnement n’y indi-quent les progrès de l’esprit humain. Une ignorance complète, une con-iiance irréfléchie dans les usages et la routine, qui leur tient lieu de con-naissances , de raisonnements et de méditations ; voilà la science agricoledes habitants des Landes.. . . Les champs que cultivaient leurs pères passentaux fils, qui, sans chercher à les améliorer, laissent marcher leurs bœufschétifs dans les sillons qu’avaient ouverts les générations précédentes. Cequi a été fait avant eux, ils le répètent, sans songer même qu’il soit possiblede faire autrement. La famille augmente! Au lieu de chercher, à l’aide desforces nouvelles, à obtenir de nouveaux produits, le Landais voit augmenterchaque jour ses privations.
Quoi donc ! l’agriculture n’aurait-elle pour unique but que de nourrirà regret la population qui s’en occupe? En effet, combien, parmi les habi-tants de ces contrées, vivent dans une disette perpétuelle, et sont con-traints à cette frugalité dont on ne leur fait tant d’honneur, que pour sedispenser, sans doute, de les aider à améliorer leur sort! Combien d’entre
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