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eux en sont réduits à ne pouvoir satisfaire que ies besoins les plus grossiers,comme s’ils vivaient dans les temps de barbarie et au milieu des nations lesplus indigentes! Vous obstineriez-vous donc à ne rien faire pour sortir uneclasse si nombreuse d’un malheur sans terme et d’un travail sans récom-pense !
Voilà, Messieurs, voilà les populations qu’on vous présente commen’ayant plus rien à désirer sous le rapport de la perfection de culture etde bien-être agricole. Voulez-vous savoir quelle est leur opinion sur leprojet qui vous est présenté ? Lisez le discours prononcé récemment parM. Boissière, président du comice des Landes, ancien élève de Roville : ilfélicite M. le ministre d’avoir présenté à l’Assemblée nationale le magnifiqueprojet sur l’enseignement agricole.
Les landes de Gascogne sont-elles donc les seules qui réclament si impé-rieusement votre sollicitude et les bienfaits du progrès et de l’instructionprofessionnelle ? Et n’est-il pas, sur divers points du territoire français, dansla Sologne, en Bretagne, dans le Berry et mille autres localités, des besoinsde même nature à satisfaire? Vous savez bien le contraire, vous tous, Mes-sieurs, qui avez été envoyés ici de tous les points du territoire de la Ré-publique , par les majorités agricoles, et qui reconnaîtrez aussi bien quemoi, j’en suis sûr, la nécessité de réaliser le perfectionnement moral etintellectuel de nos populations rurales.
Qu’on ne vienne pas prétendre, par des suppositions erronées, qu’il s’agitaujourd’hui d’une somme énorme ; et qu’on ne cherche pas, par un chiffreexagéré, à effrayer et à détourner les esprits.
Certes l’agriculture n’a point été accoutumée à puiser si largement dansies coffres de l’État, et, bien qu’un de nos honorables collègues ait prétenduqu’en aucun autre pays du monde on n’avait autant fait de sacrifices pourelle, il voudra bien me permettre de ne point partager entièrement sonavis et de continuer à croire que jusqu’à ce jour l’agriculture a reçu beau-coup plus de paroles que d’argent. Oh! sans doute, les éloges ne lui ont pasmanqué : les historiens, les poètes, les philosophes, les économistes et leshommes d’Ëtat l’ont plus ou moins pompeusement appelée berceau de lacivilisation ! premier des arts ! richesse des nations ! mère nourrice du genrehumain! source de toutes les vertus !.... Telle est la monnaie dont on s’estservi jusqu’à ce jour pour faire le solde de la reconnaissance qu’on lui doit.
En 'rémunérant ainsi l’agriculture, on a fini par la réduire à l’état de