— 294 —
alpestre. C’est une pelouse parfaitement unie, de forme circu-laire , et qui ne mesure guère moins d’une demi-lieue en toussens, un ancien lac comblé, dont la nappe bleue s’est trans-formée en une nappe de verdure, la plus parfaite et la plusvaste des arènes, nonchalamment parcourue par un ruisseauaux eaux limpides, qui ne sachant où trouver une pente, mul-tiplie ses méandres dans la prairie. Une bourgade de chalets(il doit y en avoir plus de cent) est pittoresquement groupéesur les bords de la pelouse, à l'endroit même où le ruisseau quila parcourt jaillit en mille sources aussi pures qu’abondantes.La Tour Salière, aux parois étagées et puissantes, aux sommetsbordés de glaces, commande de toute sa hauteur cette idyllealpestre. Une nuit à Salanfe, par un beau clair de lune, etlorsque le silence du printemps règne encore dans cette soli-tude , laissera sûrement d’ineffaçables souvenirs *.
Suzanfe et les gorges de Bonavaux forment, de l’autre côtéde la montagne, un contraste frappant avec ces scènes bril-lantes. Le pâturage de Suzanfe est nu, sauvage, délaissé. Lespentes de la Tour Salière qui y tombent, sont chargées depans de glaciers disloqués, et le torrent qui s’en échappe,toujours trouble, souvent noir, bondit de gouffre en gouffredans la plus sombre des fissures alpestres.
Ajoutez à des scènes si variées la vue de la cime par un cielpur, et vous aurez peut-être le maximum de jouissances qu’onpuisse accumuler dans une excursion alpestre d’un jour ouun jour et demi.
1 On trouvera une description plus complète de Salanfe dans la secondesérie des Alpes suisses , page 236 et sq.