HISTOIRE
I OS
obtenaient à peine quelques heures sacrifiées à regret,on ne songeait qu’à jouir, à dissiper gaiement la for-tune publique. Une fête remplaçait une fête; les plai-sirs se reproduisaient sous mille formes ingénieuses,car la satiété semblait le seul ennemi à craindre.
Un spectacle si nouveau devait faire d’autant plusd’impression sur le jeune Frédéric, que le prince quil’offrait était d’une merveilleuse amabilité. Auguste, àun esprit brillant, à des dehors chevaleresques, à l’airle plus noble, alliait des façons charmantes et le dond’enchanter tous ceux qui l’approchaient. Mais s’eni-vrer de volupté ne lui suffisait, pas; il voulait qu'autourde lui tout suivît son exemple : des mœurs pures luisemblaient un ridicule préjugé ou même un reprochetacite. Triompher des scrupules de Guillaume, en gui-dant les premiers pas de son fils dans la route desplaisirs, eût donc été, aux yeux d’Auguste, une écla-tante victoire. Pour y parvenir, et commencer utilementl’attaque auprès du père, Auguste eut d’abord recoursau meilleur vin de Hongrie, et à toutes les séduc-tions de la table : Frédéric-Guillaume ne se montra pasinsensible; bientôt, sa rude humeur s’amollit le verreà la main; mais, dès qu’il entrevit le piège tendu àson fils, justement indigné, il menaça de quitter Dresde.
Auguste parvint cependant à entraîner l’innocentprince. Celui-ci était devenu éperdument amoureuxde la belle comtesse Orzelska, à la fois fille naturelledu roi de Pologne et sa maîtresse ! Auguste, qui aimaittrop la comtesse pour s’en séparer, et qui avait déjàpour rival le comte Rodofski, son propre fils, frère