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HISTOlKIi
avait juré de n’avoir d’autre relation que le titred’époux avec une compagne qui n’était pas de sonchoix : il tint parole, et la première nuit devint uneirrévocable séparation. La cérémonie avait eu lieu auchâteau de Salzdahlen, propriété du duc de Bruns-wick. Déjà les jeunes époux s’étaient retirés dans leursappartements, quand, de tous côtés, retentissent lescris : « Au feu ! au feu! » Aussitôt, Frédéric s’élance dela couche nuptiale pour n’y rentrer jamais. A dater decette époque, il ne rencontra que très-rarement laprincesse; devenu roi, toutes ses relations avec elle sebornèrent à une visite par an, le jour de sa naissance.
Pieuse, charitable, indulgente pour les autres autantque sévère pour elle-même, Élisabeth-Christine, du-rant sa longue vie, réalisa complètement le vœu deCésar : car jamais on ne parla d’elle. Toute concentréedans sa paisible retraite, ne se rattachant au mondeextérieur que par une fervente admiration pour sonhéroïque époux, et par le bien qu’elle répandait, cetteprincesse ne vit jamais ni l’ancien ni le nouveau Sans-Souci. C’était elle cependant qui tenait la seule courdu pays; chez la Reine, aux jours d’usage, se rendaientministres, généraux, ambassadeurs ; chez elle, avaientlieu les présentations d’étrangers. Mais, telle était l’in-variable régularité de ce cérémonial sans faste, qu’àl’exception des intéressés, personne dans Berlin nes’en préoccupait *.
Au reste, dans cet isolement qui était son ouvrage,Frédéric n’était pas arrivé à l’indifférence; la Reine
1 Thiébault, Mes Souvenirs, etc. .