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Tome I.
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HIST01UE

vagée par la peste au commencement de ce siècle, etplus de trois cent mille habitants périrent de maladieet de misère. La cour, peu sensible aux malheurs dupeuple, négligea de secourir une riche et fertile pro-vince, remplie d’habitants et féconde en toute espècede productions. La maladie tua ou dispersa les hommes;les champs restèrent incultes et se hérissèrent debroussailles. Les bestiaux ne furent point exempts decette calamité publique. En un mot, la plus florissantede nos provinces fut changée en la plus affreuse dessolitudes. Frédéric I er mourut sur ces entrefaites, etfut enseveli avec sa fausse grandeur, qu’il ne faisaitconsister qu’en une vaine pompe et dans l’étalage fas-tueux de cérémonies frivoles. Mon père, qui lui suc-céda, fut touché de la misère publique. Il vint ici surles lieux, et vit lui-même cette vaste contrée dévastée,sillonnée des traces profondes qu’une maladie conta-gieuse, la disette et l’avarice sordide des ministres lais-sent après elles. Douze ou quinze villes dépeuplées etquatre ou cinq cents villages inhabités furent le tristespectacle qui s’offrit à ses yeux. Bien loin de se sentirdécouragé par des objets aussi fâcheux, il se sentitpénétré de la plus vive compassion, et résolut de ra-mener les hommes, l’abondance et le commerce danscette contrée, qui avait perdu jusqu’à l’apparence d’unpays habité. Depuis ce temps-là, il n'est aucune dé-pense que le roi n’ait faite pour réussir dans ses vuessalutaires. Il fit d’abord des règlements remplis de sa-gesse ; il rebâtit tout ce que la peste avait désolé ; il fitvenir des milliers de familles de toutes les parties de