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Tome I.
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40 Chargée de cette singulière invitation, l’hôtessé par-vint enfin, après mille efforts, à la faire accepter; maisles invités avaient bien juré de s’amuser aux dépens ducomte allemand. Tout alla d’abord à merveille, l’am-phitryon, au lieu d’un personnage grotesque, se trou-vant être, à leur grande surprise, un homme brillantd’esprit et remarquable par la politesse de ses maniè-res. Mais bientôt s’élevèrent des nuages : le comte duFour , très-goguenard de son naturel, raillait impitoya-blement ses convives; ceux-ci ripostant, un violentorage allait éclater, quand les compagnons de Frédériccrurent devoir révéler, par leur attitude, le haut rangdu prétendu comte.

Cependant un grenadier qui avait servi en Prusse,ayant reconnu le Roi, s’était empressé de t’annoncer àson capitaine : et le maréchal de Broglie, gouverneurde Strasbourg, faisait inviter, de la part de la maréchale,M. le comte à dîner. Le dîner fut charmant; Frédéric,si riche en saillies, déployait toutes ses ressources. Mais,vers la fin du repas, le maréchal, en prononçant le motde Sire, gâta cette scène si piquante. Mécontent de lareconnaissance, le Roi, sans avoir l’air de s’en êtreaperçu, prétexta une affaire, partit brusquement deStrasbourg, et regagna ses États. Il ne pardonna ja-mais à M. de Broglie son involontaire indiscrétion.

« Je viens de faire un voyage entremêlé d’aventuressingulières, quelquefois fâcheuses,, et souvent plai-santes, écrivit Frédéric à Voltaire.

« Vous savez que j’étais parti pour Bruxelles, afin derevoir une sœur que j’aime autant que je l’estime. Che-