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HISTOIRE
1745 -
1756
à me dire qu’il n’en savait rien. Ainsi, voilà deux gen-tilshommes, nés et élevés chez vous, qui n’en saventet n’en sauront probablement jamais plus que nos an-ciens chevaliers preux, leurs ancêtres ! Mais, monsieur,vos nobles d’autrefois, qui se glorifiaient de ne pas sa-voir écrire, n’étaient ignorants que comme leur siècle ;ils n’étaient pas corrompus. Je vois avec peine que vousn’avez plus de noblesse en France : car qu’est-ce quela noblesse ? en quoi consiste-t-elle ? Croyez-vous quece soit dans une filiation si souvent fautive, et toujourssi douteuse, ou dans des parchemins que l’on peut siaisément altérer ou fabriquer? Si la noblesse ne tenaitqu’à de semblables niaiseries, elle ne mériterait au-cune sorte de considération : les nobles ne seraientqu’une classe de charlatans privilégiés. La vraie no-blesse, monsieur, a un caractère tout autrement res-pectable ; caractère essentiel, et qui tient à l’énergie età l’élévation des sentiments. Je tiens donc que partoutoù ceux qui se disent nobles n’ont pas les sentimentsgénéreux et mâles, il n’y a plus de noblesse; et c’estce qu’en général je suis porté à juger de la France.Mais, pouvez-vous me dire comment et pourquoi votrenoblesse, autrefois si renommée, a ainsi dégénéré ?Pour moi, je vous avoue que j’en ai recherché la cause,et je vais vous soumettre celle qui m’a paru, sinon laseule, au moins la plus décisive. Je crois que ce qui aperdu la noblesse française, c’est le système de Law.En effet, à la suite du bouleversement que ce système aproduit dans presque toutes les grandes fortunes, on avu des hommes nouveaux et inconnus jusqu’alors éclip-