DE FRÉDÉRIC II.
397
A tous ces maux la mésintelligence ne tarda nas à
^ 1 # 1747
en ajouter d’autres. Le marquis de La Mina, ennemides Français, avait remplacé le comte de Gages. Sourdaux prières des Génois bloqués par une flotte anglaise,il refuse de les secourir, précipitant sa marche, ouplutôt sa fuite sur la Provence. Gênes tombe au pou-voir de l’ennemi 1 ; entraîné par La Mina, le maréchalde Maillebois ramène, sur les bords du Var, les débrisd’une armée naguère florissante : quarante mille Au-trichiens les y poursuivent. Triomphants d’un côté,les Français sont chassés de l’autre; après six ans deravages, l’incendie allumé près du Danube éclaire lescôtes de la Provence 2 . Ces désastres, le cabinet deVersailles les eût évités, en se rappelant combienl’Italie avait été fatale à Charles VIII, à Louis XII, àFrançois I er , à Louis XIV lui-même, lors de la journéede Turin; mais les sévères leçons de l’histoire sontdédaignées ou méconnues; chacun se croit, par unheureux privilège, en dehors de leurs applications.
Bientôt un événement imprévu, l’insurrection deGênes, rappela les Autrichiens en Italie. Le peuple decette grande ville, poussé au désespoir par l’insolentetyrannie des vainqueurs, avait couru aux armes,chassé la garnison et le gouverneur, fils de ce même
1 Le sénateur Adorno défendait Savone ; le sénat de Gênes lui ayantécrit de se rendre, puisque les Autrichiens couvraient déjà, tout le ter-ritoire : « La place que je commande m’a été confiée par une républiquelibre, répondit-il ; je ne la rendrai point sur l’ordre d’une républiqueesclave. »
2 Voltaire, Siècle de Louis XV.