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HISTOIRE
1750 -
1756
ouvrages, ne manquant jamais de louer beaucoup cequ’il y avait de bon, lorsque je raturais tout ce qui nevalait rien. Je lui rendais raison, par écrit, de tout; cequi composa une rhétorique et une poétique à sonusage; il en prolita, et son génie le servit encore mieuxque mes leçons. Je n’avais nulle cour à faire, nulle vi-site à rendre, nul devoir à remplir. Je m’étais fait unevie libre, et je ne concevais rien de plus agréable quecet état 1 . »
Jusqu’alors, Voltaire n’avait pourtant pris aucun en-gagement définitif; parfois le rang de Frédéric l’ef-frayait : cette amitié de roi lui devenait suspecte. Mais,le 25 août, une lettre, envoyée de la chambre du mo-narque, dissipa toutes ses craintes : « J’ai lu, lui man-dait Frédéric, la lettre que votre nièce vous écrit deParis. L’amitié qu’elle a pour vous lui attire mon es-time. Si j’étais madame Denis, je penserais de meme;mais, étant ce que je suis, je pense autrement. Je se-rais au désespoir d’être cause du malheur de mon en-nemi ; et comment pourrais-je vouloir l’infortune d’unhomme que j’estime, que j’aime, et qui me sacrifie sapatrie et tout ce que l’humanité a de plus cher ? Non,mon cher Voltaire, si je pouvais prévoir que votretransplantation pût tourner le moins du monde àvotre désavantage, je serais le premier à vous en,dissuader. Oui, je préférerais votre bonheur au plai-sir extrême que j’ai de vous avoir. Mais vous êtes
1 Mémoires pour servir à l'histoire de M. de Voltaire, écrits par lui-même.