HISTOIRE
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1750 - adressât; et tout cela, il le criait, en marchant à grands
1756
pas dans sa chambre, avec tous les symptômes de la plusextrême agitation. Le pauvre page, qui attendait uneréponse, écoutait, pâle et tremblant, ne pouvant querépéter sans cesse : Monsieur ! monsieur!
A la fin, cet enfant, âgé d’environ quinze à seize ans,s’approche, et lui dit d’un ton désespéré : « Mais,monsieur, rappelez-vous donc qu’il est roi, que vousêtes chez lui, et que moi qui vous entends, je suis à sonservice. »
A peine ces mots si justes eurent-ils frappé Voltaire,que l’effet en fut soudain. Saisissant aussitôt le pagepar le bras. « Eh bien! monsieur, lui dit-il, c’est vousque je prends pour juge entre lui et moi. Cherchez, et
dites-moi quel est le tort que j’ai envers lui. Ah!
je n’en ai qu’un, mais il est irréparable; un seul, celuide lui avoir appris à faire les vers mieux que moi. Allez,et portez-lui cette réponse. »
Le page remonte chez le Roi, qui n’était guère plustranquille, et qui, en l’attendant, se promenait d’impa-tience dans son cabinet. « Avez-Vous remis mon billet ?dit-il au page dès qu’il l’aperçut. — Oui, Sire. —l’a-vez-vous remis à M. de Voltaire lui-même? — Oui,Sire. — L’a-t-il lu devant vous? — Oui, Sire. —Qu’en a-t-il fait après l’avoir lu, et qu’a-t-il dit? » Icile page restait immobile et muet. « Je vous demandece que M. de Voltaire a dit après la lecture de monbillet?» Silence profond. « Mais ne m’entendez-vouspas? Je vous ordonne de me dire s’il a parlé, et ce qu’ila dit, ce qu’il a fait?» Même silence encore. « Prenez