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SUPPLÉMENT.
L’expédition d’Anvers, exécutée la même année, fut la plus con-sidérable que l’Angleterre ait entreprise depuis Henri V. Elle necomptait pas moins de 70 mille hommes, dont 40 mille de troupesde terre et 80 mille marins : elle n’atteignit point son but par le peude génie de celui qui la commandait.
Une descente d’une nature tout à fait semblable à celle du roi deSuède Charles X, fut celle de 80 bataillons russes passant, en 8 co-lonnes, le golfe de Bothnie sur la glace , avec leur artillerie, pouraller conquérir les iles d’Aland et semer la terreur jusqu’aux portesde Stockholm, tandis qu’une autre division passait le golfe à Umeo(mars 1809).
Le général Murray fit en 1813 une descente bien combinée versTarragone pour couper Suchet de Valence ; toutefois , après quel-ques succès, il dut se rembarquer.
L’armement que l’Angleterre fit en 1815 contre Napoléon, re-venu de l’île d’Elbe, fut remarquable par l’immense matériel qu’ildébarqua à Ostende et Anvers. Les troupes montaient aussi à 60 milleAnglo-Hanovriens ; mais les uns venaient par terre , et les autresdébarquaient chez une puissance alliée, en sorte que ce fut untransport successif et pacifique plutôt qu’une expédition militaire.
Enfin, les Anglais firent, dans la même année 1815, une entre-prise qui peut être rangée parmi les plus extraordinaires; nousvoulons parler de celle contre la capitale des Etats-Unis d’Améri-que. On vit, au grand étonnement du monde, une poignée de 7 à 8mille Anglais, descendre au milieu d’un État de 10 millions d’âmes,pénétrer assez avant pour s’emparer de la capitale, et y détruiretous les établissements publics : résultats dont on chercherait vai-nement un autre exemple dans l’histoire. On serait tenté d’en accu-ser l’esprit républicain et anti-militaire des habitants de ces pro-vinces, si l’on n’avait pas vu les milices de la Grèce, de Rome oude la Suisse, défendre mieux leurs foyers contre des agressionsbien plus puissantes ; et si, dans cette même année, une expéditionanglaise, plus nombreuse que l’autre, n’avait été totalement défaitepar les milices de la Louisiane sous les ordres du général Jackson.
Excepté les armements peut-être un peu fabuleux de Xercès etdes croisades, rien de tout ce qui s’est fait, principalement depuisque les flottes de guerre portent une artillerie formidable , ne peutsoutenir la moindre comparaison avec le projet colossal et les pré-paratifs proportionnés que Napoléon avait faits pour jeter 150 raille