DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
III
En Afrique, depuis la côte de l’océan Atlantique jus-qu’aux ruines de Carthage, et depuis celles-ci jusqu’auxsables de la Libye, les forêts qui vivifiaient jadis ces con-trées sur une étendue en longueur de près de mille lieues,sont éloignées aujourd’hui d’au moins quarante lieues durivage de la mer.
L’Égypte est déboisée; Memphis et Thèbes ne présen-tent plus que des ruines, au milieu de déserts de sables.
En Grèce, comme en Perse, les villes les plus floris-santes disparurent quand les terres environnantes furentdéboisées.
Sans étendre plus loin ce tableau, on peut déjà poseren principe que l’absence de bois dans un pays qui enétait couvert jadis, est le signe le plus certain du pas-sage de grands conquérants, d’une civilisation avancée oude commotions politiques. En Angleterre, par exemple,par suite de ces causes réunies, on ne trouve de bois, àtrès-peu d’exceptions près, que dans les parcs. Les forêtsde l’Italie avaient déjà disparu en partie sous la domina-tion romaine ; l’invasion des barbares en acheva la des-truction, et sans la houille il est probable que celles dela France seraient encore plus diminuées. Les forêts, aucontraire, se conservent dans les pays pauvres, manquantd’industrie ou de voies de communication avec leurs voisins.
Je mettrai sous les yeux du lecteur des documents his-toriques puisés aux sources les plus authentiques et pro-pres à lui faire connaître ce qu’étaient les forêts à la surfacedu globe dans les temps les plus reculés, les vicissitudesqu’elles ont éprouvées par l’effet des guerres et des progrès