CHAPITRE VIII.
278
pays où il n’y a ni bâtiments, ni bestiaux, ni engrais; en outre, lepoisson se vend facilement, à Lyon, de 70 à 80 fr. le quintal métri-que. L’insalubrité était parvenue à un tel point, qu’on sentit la néces-sité, à diverses époques, d’y remédier. En 1839, une commission d’en-quête composée d’hommes éclairés, et dont faisait partie M. Puvis, futnommée à cet effet. Yoici les résultats auxquels cette commission estparvenue, et qui ne sont pas sans intérêt pour la question de la Solo-gne. Pour ne pas en affaiblir l’importance, nous transcrivons littéra-lement les passages les plus remarquables du rapport de M. Puvis (1) :
« La presque totalité des personnes interrogées conviennent de l’in-« salubrité des étangs ; une grande partie les accuse d’en être la prin-« cipale cause; un petit nombre l’attribue, en premier ordre, à la na-« ture du sol ; d’autres aux prairies marécageuses ; quelques-uns à la«douve, et presque tous ont aussi donné, comme l’une des causes,« le mauvais régime des habitants. En même temps, un grand nombre« de faits ont été produits, dans le cours de l’enquête, qui ont prouvé« que la salubrité reparaissait toutes les fois que les étangs étaient dcs-« séchés. La commission, en s’appuyant sur les faits nombreux que« lui a révélés l’enquête, sur l’avis de tous les médecins qui se sont« occupés de salubrité, de tous les agronomes et les économistes qui« ont écrit sur la matière, en remarquant que la Dombes, avant la«multiplication des étangs, était beaucoup plus cultivée et plus peu-« plée que depuis qu’ils ont envahi les meilleures parties du sol ; que« depuis lors, plus de la moitié de la population et des habitations« semblent avoir disparu ; que pendant que la Bresse, de même forma-« tion que la Dombes, avec un sol moins bon, moins salubre, en des-« séchant ses étangs, est arrivée à un état prospère et à une population«de 1,600 âmes par lieue carrée, la Dombes, au contraire, en« multipliant les siens, est descendue à une culture du sol presque sans«produit net, èt à une population de moins de 400 âmes par lieue«carrée; remarquant, enfin, que l’insalubrité et les fièvres reparais-« sent partout avec les étangs, et qu’ainsi que nous le verrons dans un« moment, la salubrité reparaît partout où se sont faits des desséche-«ments; par ces motifs, disons-nous, la commission est restée unani-«mement et pleinement convaincue que les étangs sont, sans aucun« doute, la plus puissante cause de l’insalubrité de la Dombes.
«Elle admet que les prairies marécageuses, le mauvais régime, et« peut-être la nature du sol, y contribuent aussi ; mais elle pense que
( 1 ) Statistique du département de l’Ain.