DES CAUSES DU DEBOISEMENT.
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forêts de l’Éeosse (l). Robert Bruce en détruisit un grand nombre dansson expédition à Inverary contre Cumin, et dans la partie septentrio-nale de ce royaume, les Danois en incendièrent une partie. On a trouvéun ordre du général Monk, daté de 1656, qui prescrit de détruire lesboisd’Alberfoyle (2).
Les forêts du nouveau monde, notamment celles de l’Amérique duNord, doivent leur défrichement, non-seulement aux progrès de la ci-vilisation et à l’accroissement de la population, mais encore à l’actionincessante des grands fleuves qui coulent dans cette vaste contrée.Dans l’État d’Indiana, aux environs de New-Harmony, des légions debackwoodmen se transportent au milieu des forêts qu’ils défrichentac-tivement; à l’époque actuelle, le boisa déjà singulièrement renchéri.
§ VI.
De l'influence des crises financières et des révolutions sur le déboisement en France.
Les conquêtes, les progrès de la civilisation, les droits d’usage, etle libre parcours du bétail ne sont pas les seules causes qui aient con-tribué au déboisement; il faut encore y joindre les révolutions etles perturbations diverses qui surviennent surtout dans les finances.Toute cause anormale dans la marche du gouvernement nuit donc à laconservation des forêts; les exemples suivants, pris dans les deux der-niers siècles et dans celui-ci, en fourniront des preuves nombreuses.L’hiver de 1709, qui a été si désastreux pour la France, fit périr lesblés, les vignes, les arbres fruitiers, et une masse immense d’arbresde toutes espèces dans les forêts et dans les bois. Le gouvernement, sanss’assurer si le mal était sans remède, pressé par la crainte de la fa-mine, et pour donner de l’ouvrage, permit les défrichements, et par-tout il y eut un élan général pour en entreprendre. Ces défrichementseurent lieu principalement dans des terrains que les lois et les cou-tumes avaient jusqu’alors maintenus en bois et en pâturages. On s’at-tacha de préférence aux sols en pente, comme étant plus féconds;ainsi les terrains en pays de montagnes ne furent pas épargnés.
La révocation de l’édit de Nantes et les dragonnades avaient amenéla vente des bois et des futaies des malheureux protestants, qui allaientchercher sur une terre étrangère la liberté de conscience qu’on leurrefusait en France. Ces bois et ces futaies ne tardèrent pas à être abat-tus par les acquéreurs, et une partie fut défrichée.
(I) A. Maury, p. 132. — (2) Alf. Maury, Histoire des forêts de l’ancienneGaule, p. 132.