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CHAPITIIE IX.
Après la mort de Colbert, les nobles et le clergé, qui s’étaient faitdonner ou s’étaient emparés d’un grand nombre de bois et forêts dudomaine, se bâtèrent de les exploiter. Le régent, l’ayant appris, fitrendre un édit, en 1719, pour faire rentrer dans le domaine tous lesbois qui en étaient sortis depuis des époques déterminées.
En 1762, nouvelle disette des blés, qui fit encore recourir le gou-vernement à la fatale ressource des défrichements, dont on usa d’unemanière immodérée. L’élan était donné; au mois d’aoùt 1766, parutune déclaration pour encourager les défrichements, avec exemption,pendant quinze ans, de tailles, de dîmes, de vingtièmes, etc., etc.On ne dérogea pas toutefois à l’ordonnance de 1669 sur les défriche-ments en pays de montagnes. L’impulsion fut telle, que les défriche-ments devinrent une mode; le gouvernement et les propriétaires nevoyaient de produits désirables que dans les blés. Les états et les par-lements du midi résistèrent aux édits, ainsi que plusieurs autres par-lements; plusieurs cependant y adhèrent au bout de quelques années.
En 1770 , les ministres, dans un compte rendu au roi, prouvèrentque l’on avait défriché, le Languedoc excepté, 359,282 arpents, dontou porta le revenu à un taux exagéré.
Tous les économistes du temps, entre autres l’auteur de l'Ami deshommes, préconisèrent les avantages du défrichement. S'il n’avaitété question que des landes stériles, il en serait résulté de grandsavantages pour le pays; mais non, on en voulait aux bois. Entraînépar le mouvement général, en 1770, le parlement de Toulouse enre-gistra les édits, et, depuis cette époque, les défrichements n’eurent plusde frein jusqu’à 1789.
Dans les cahiers des charges, dits de doléances, remis aux députés desétats généraux, et qui furent rédigés par les hommes les plus éclairésdes bailliages, on remarquait dans presque tous ceux du midi desplaintes sur la disette et la cherté des bois et les abus du défrichement;on y demandait des mesures répressives pour prévenir ces abus etpunir les délits. Vains efforts, le décret du 2 novembre 1789, con-cernant les biens du clergé, y mit obstacle. Ce décret fit revivre d’an-ciennes questions litigieuses entre des communes et des particuliers;partout on fit des actes d’occupation et de préhension; les lois oucoutumes qui défendaient le pacage des troupeaux dans les taillisroyaux ou seigneuriaux furent considérés comme des droits de féoda-lité ; les indigents firent des coupes dans les bois royaux et ecclésiasti-ques, et vendirent publiquement le produit de leurs déprédations. Enun mot, les forêts furent saccagées.