DES CAUSES DU DEBOISEMENT.
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L’Assemblée constituante, avertie par l’administration des eaux etîorêts des délits qui se commettaient nuit et jour par des particuliers,et même à main armée, daus les bois des ecclésiastiques et des com-munes, et effrayée des suites qui pouvaient en résulter pour le3 sièclesà venir, rendit un décret pour arrêter le mal. Ce n’était là qu’un pal-liatif momentané; car, l’Assemblée constituante, en comprenant dansla vente des domaines nationaux tous les bois qui n’étaient pas conti-gus à de grandes masses de forêts, et surtout par son décret du 10 mai1790, fit plus de mal que si elle eût laissé agir les usagers et les indi-gents; la dévastation devint alors légale, puisque les particuliers ac-quéraient une faculté de défricher.
En septembre 1791, cette assemblée, comprenant toute l’étenduedu mal, rendit un décret d’organisation de l’administration fores-tière; mais, en arrêtant le mal d’un côté, elle le favorisait de l’au-tre, puisqu’il était dit dans ce décret que les bois appartenant auxparticuliers cesseraient d’etre soumis aux agents forestiers. Rien ne putarrêter alors le déboisement.
Le règne de la Convention mit le comble aux déprédations. Cetteterrible assemblée regarda comme au-dessous de sa mission de s’occu-per des forêts. On vantait dans les clubs les avantages de la liberté,qui permettait aux pauvres de se procurer du bois pour leur chauf-fage, sans bourse délier, dans les forêts nationales, et aux habitants descampagnes un pacage facile pour leur bétail. De toutes parts, lesbois nationaux furent saccagés, et les acquéreurs des biens d’émigréset du clergé se mirent à défricher pour payer le fonds avec la super-ficie.
Nous arrivons au consulat et à l’èrc impériale, à cette grande épo-que de régénération sociale, où le mal fut arrêté dans son principe.Le premier consul prit des mesures conservatrices, et, par son décretdu 10 nivôse an ix, sépara la partie administrative des eaux et forêtsde la régie de l’enregistrement, afin de ne pas laisser les forêts à lalibre disposition du ministre des finances, qui en usait suivant les be-soins du moment. D’un autre côté, frappé des inconvénients résultantdu déboisement, et qui lui étaient signalés par les préfets, il fit impri-mer les statistiques des départements afin de consulter l’opinion pu-e. Nous donnerons plus bas, d’après M. Rougier de la Rergerie[Des forêts de la France), un extrait de ces statistiques, auquelnous joindrons d’autres documents précieux sur le même sujet, re-cueillis par le même auteur auprès du gouvernement et des sociétésd’agriculture. Les guerres de l'empire ne permirent pas à Napoléon
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