EFFETS DD DÉBOISEMENT. 507
vleuse ; la quantité moyenne d’eau courante vient-elle à diminuer, leniveau moyen des lacs doit s’abaisser ; dans le cas contraire, il s’é-lève. Le volume d’eau n’éprouvant aucune variation, le niveau resteconstant. Ces lacs peuvent donc servir de jauges naturelles. Précisonsles faits :
Lavallée d’Aragua, province de Venezuela, située à peu de distancede la côte, a un climat très-favorable et un sol d’une grande fertilité.Elle est bornée au nord par la chaîne du littoral, au sud par des mon-tagnes, à l’est et à l’ouest par des collines qui la ferment de toutesparts : les rivières qui y coulent n’ont donc point d’issue vers l’Océan ;en se réunissant, elles donnent naissauce au lac de Tacarigua ou deValeneiana, qui, à l’époque où M. de Ifumboldt le vit, au commence-ment de ce siècle, éprouvait depuis une trentaine d’années un dessè-chement graduel dont on ignorait la cause.
Oviédo, historien de la province de Venezuela dans le seizième siè-cle, rapporte que la ville de Nueva-Valencia fut fondée en 1555, àune demi-lieue du lac de Tacarigua. Cette ville, où se trouvait M. deIlumboldt en tsoo, en était éloignée de 2,700 toises,preuve du retraitdes eaux qu’un grand nombre de faits attestent ; suivant lui, la dimi-nution des eaux devrait être attribuée aux nombreux défrichementsqui avaient été faits dans la vallée.
En 1822, M. Boussingault apprit des habitants que les eaux du lacavaient éprouvé une hausse très-sensible; des terres qui étaient jadiscultivées se trouvaient sous les eaux ; ajoutons que, dans l’espace devingt-deux ans, la vallée avait été le théâtre de luttes sanglantes, du-rant la guerre de l’indépendance ; la population avait été décimée,les terres étaient restées incultes, et les forêts, qui croissent avec une siprodigieuse rapidité sous les tropiques, avaient fini par occuper unegrande partie du pays ; on voit par là l’influence qu’exerce le boisagesur la quantité d’eau qui coule ou qui séjourne dans un pays, puisquedes lacs qui avaient perdu leurs eaux par l’effet du déboisement, lesont recouvrées par le reboisement.
Nous empruntons encore à M. Boussingault d’autres exemples quimènent à la môme conclusion, et qui sont d’autant plus remarquablesqu’ils ont été pris dans des climats analogues à ceux d’Europe, puis-qu’ils s’appliquent à plusieurs lacs qui se trouvent sur les plateaux dela Nouvelle-Grenade, à une hauteur de 2,000 à 3 ,000 mètres, où la tem-pérature, toute l’année, est de 14 à 10 degrés : les habitants du village.debubaté, situé près de deux lacs qui étaient réunis il y a une soixan-taine d’années, ont été témoins de l’abaissement graduel des eaux, de
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